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- Tu pars ? - Ouais. Motgath ferma son sac. Il était le meilleur ami de Jërwyle. Le seul, en fait. - Et tu me laisses tout seul ? - Ouais. Jërwyle inspira un grand coup, histoire de se calmer. - Ton vocabulaire se limite à "ouais", aujourd'hui? grinça-t-il. Motgath ouvrit la bouche, comme pour dire quelque chose, mais le son resta coincé dans sa gorge. Jërwyle sut tout de suite qu'il se retenait de lui répondre "ouais" d'un air indifférent. Ça l'énerva encore plus. - Ecoute, commença son ami lentement. t'es assez grand pour te débrouiller seul, ou t'as besoin que je te tienne la main ? Les limites de la patience de Jërwyle était petites. Très petites. - Mais qu'est-ce que t'as, aujourd'hui ? On dirait que Mélojà t'a ridiculisé devant le village ! Pourquoi tu nous laisses tomber ? Motgath se retourna brusquement. Les deux adolescents avaient failli se cogner. -T'apprendras un jour que le monde évolue. Même toi. Moi, j'ai évolué. Et j'ai compris que la vie ne se fait pas en un claquement de doigts, dit-il en joingnant le geste à la parole. La guerre, tu connais ? La famine, les maladies, les caprices de la nature ! C'est bien dans ce trou perdu, cracha-t-il, que tout ça va nous arriver ! Je pars ! Suis-moi, si tu le désires. Je pars ! - Et moi je reste. Jërwyle s'étonna lui-même de la petite voix contractée qui était sortie du fond de sa gorge. Une boule dans sa gorge l'empêchait de parler, et presque de respirer. Le jeune homme ne pensait pas qu'il était si faible. - Je t'aurais prévenu, au moins. Sa voix était ferme, mais ses yeux trahissaient sa tristesse. Comme s'il perdait un être cher. Comme s'il perdait... un frère.
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