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Caco
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16 août 2006
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Pierre passa son bracelet devant la borne rouge et la boîte à combinaison se mit en action. Aussitôt le code de la porte aligné sur l'écran, le déverrouillage des grilles et des fenêtres s'enclencha. Il était heureux. Heureux comme un enfant qui vient de recevoir un nouveau jouet. Toute la matinée il avait arpenté les Marchpuces (cela rappelait vaguement les marchés aux puces de son enfance) et enfin il avait trouvé un stylo. Attention, pas n'importe quel stylo : un vrai Bic encore recouvert de son capuchon et avec la réserve d'encre à moitié pleine. Enfin il allait pouvoir montrer aux enfants que le verbe "écrire" ne s'utilise pas uniquement en appuyant sur les touches d'un clavier. Enfin, il pourrait leur montrer comment, il y a encore quatre-vingts ans, les hommes se servaient de leurs mains pour reproduire des lettres sur le papier. Et dire que c'était presque hier...
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Caco
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18 août 2006
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Ayant installé la petite boîte de connexion mentale sur ses genoux, il composa le numéro-code des enfants. C'était toujours très difficile de se connecter avec eux. Sam et Tom avaient toujours l'esprit occupé par un nouveau jeu vidéo ou par l'un des nouveaux robots que la compagnie mettait à leur disposition. Trouver un créneau de connexion mentale pouvait parfois prendre la journée. Par chance, Sam se montra un peu plus réceptif que son frère et s'installa hors 'jeu-zone' pour échanger avec son grand-père. "Alors paps, as-tu trouvé quelque chose d'intéressant au Marchpuce ?" Pierre lui raconta sa matinée dans la rue et comment il avait négocier l'achat du stylo. "Je ne comprends pas pourquoi tu as encore besoin d'aller dans la rue. C'est dangereux . Arrête de vivre dans le passé. Tu as tout pour être heureux ! Ta 'home-zone' possède toutes les protections dont on peut rêver, tu as une boîte de connexion mentale et ton robot GHT peut s'occuper de tout le reste !" Pierre aurait tellement voulu que Sam et Tom aient connu le monde d'avant. Avant, quand les gens sortaient encore de chez eux, quand les rapports humains avaient encore un sens. Comment en était on arrivé là ? Avant de déconnecter de l'échange il fut convenu d'une nouvelle connexion plus tard dans la soirée.
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Lu7
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03 septembre 2006
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Pierre avait l'impression que pour les humains, le passé était quelque chose d'absolument barbant, que s'en souvenir était stupide et des fois, dangereux. Ecrire avec un stylo n'avait plus de sens, alors, bientôt, parler même serait arriéré. Il se souvient, quand il était beaucoup plus jeune, d'un de ces déportés de la seconde guerre mondiale qui était venu leur parler de l'horreur de cette guerre : " Après la guerre, personne ne voulait en entendre parler. Personne ne voulait savoir les souffrances que les déportés avaient subies. Comme s'ils voulaient que cette guerre n'existe plus. Mais heureusement, je n'ai pas arrêté de me battre pour cette vérité qui était cachée et j'ai réussi car je suis là aujourd'hui. " Et ce voeu d'oubli était revenu.
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Corto
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09 septembre 2006
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Pierre avait 100 ans, ce qui techniquement le faisait appartenir à la catégorie des "cadres" de la société, mais le tableau qu'il encadrait ne lui avait jamais plu. Ses collègues de bureau ne le comprenaient d'ailleurs guère plus que ses enfants ; sa nostalgie semblait faire de lui un extraterrestre. Il alla se ressourcer dans la chambre d'apesanteur comme il en avait l'habitude. Rapidement, ses yeux se fermèrent et il laissa voyager son esprit à travers le temps, les émotions, les visages.
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Clothilde
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20 février 2008
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Il s'assoupit, son esprit s'égara très loin presque jusqu'aux tréfonds de sa mémoire. Ce qu'il vit d'abord, ce fut un jardin inondé de soleil. Ce devait être l'été car la végétation affichait des couleurs luxuriantes, l'odeur du foin coupé embaumait l'atmosphère de cette après-midi. Sous un grand catalpa dont le feuillage s'étalait comme un parasol, un couple enlacé était endormi sur une vieille couverture de l'armée, sur une table en bois dont la couleur s'écaillait en de nombreux endroits, se trouvaient les restes d'un repas, le vin resté dans la bouteille se réchauffait au soleil, sur un banc un livre ouvert à la page cinquante-quatre. L'image d'un petit garçon se précisa. Sept ans environ, les cheveux blonds bouclés un peu mouillés de sueur attendait assis sagement sur une couverture bigarrée, le réveil de ses parents. Il regardait une bande dessinée dont le coin des pages était écorné d'avoir été tant et tant de fois manipulée. Et puis le réveil de ses parents, l'arrivée des cousins et cousines venus partager le goûter après les ébats dans la piscine que son père gonflait chaque année au début de l'été. Dans sa tête raisonnèrent les cris de joie des enfants les conversations et les rires des adultes. Une grande tristesse l'envahit qui l'obligea à ouvrir les yeux et revenir à la réalité actuelle. La science avait évolué de façon considérable. On pouvait maintenant vivre très longtemps, âgé de cent ans, il était considéré comme mature et le resterait encore des décennies avant de pouvoir accéder au dernier âge celui qui confère le droit de se reposer et de profiter d'un repos bien gagné, d'ailleurs, il n'avait aucune envie de rester enfermé dans sa home zone avec une épouse qui se contentait parfaitement de cette vie artificielle. Lui ce qu'il voulait c'était faire revivre ce lointain passé.
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