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Vronique
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24 août 2006
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Tsylogue Tsonkoli ne voulait jamais mettre les pieds au cinéma, il avait détesté la première fois que sa mère l'y avait emmené à sept ans, pourtant il désirait plus que tout voir le film qui était au programme. Mais rester enfermé dans une salle si grande avec tant de gens et sans possibilité d'interrompre le film à sa guise ou de changer de position lui avait gâché tout son plaisir. Pour ne pas paraître idiot, il avait dû y retourner une fois avec une bande de copains adolescents, mais depuis Tsylogue avait toujours trouvé des prétextes pour ne plus jamais mettre les pieds dans une salle de projection. Madame Mansini travaillait à mi-temps comme infirmière et occupait son deuxième mi-temps à du bénévolat dans une association chargée d'alphabétiser et d'aider à l'intégration des immigrés. Son mari, très froid et riche l'avait tant déçue qu'elle avait besoin de se donner à une cause plus valorisante. Elle avait tâtonné avant de trouver l'organisme dont l'esprit lui convenait. Madame Mansini aidait plutôt des personnes venant du continent Africain ou d'Asie, mais jamais personne venant de Tsatsiki. Elle avait lu très peu de choses sur le dossier de la famille de Tsonkoli. Les cours de français avaient débuté laborieusement, mais la mère de Tsylogue était très intelligente, la sorte d'intelligence des gens qui s'adaptent vite. Madame Mansini et Madame Tsonkoli devinrent vite les meilleures amies du monde. Grâce à son intelligence et son désir de réussite, Madame Tsonkoli réussit non seulement à apprendre le français, mais aussi à gravir les échelons de la société par le biais de l'hôtellerie où l'agence de placement l'avait fait embaucher comme femme de chambre, à Paris et où elle se retrouva au bout de longues années de travail acharné, de privations et d'humiliations, propriétaire de deux hôtels à Orléans.. Les deux femmes avaient conçu leurs enfants la même année, deux ans avant l'arrivée de Madame Tsonkoli en France. Mais malgré sa faculté prodigieuse à s'adapter, Madame Tsonkoli avait gardé ses coutumes ancestrales en ce qui concernait les hommes. Dans la société matriarcale d'où elle venait, les femmes n'avaient pas de mari attitré. Elles avaient des amants qu'elles invitaient chez elles quand cela leur chantait, en allumant une petite bougie dans leur chambre, ces soirs là, l'amant qui guettait savait qu'il avait le droit de se présenter. Un amant restait favori rarement plus de quelques mois, mais une femme n'avait qu'un amant à la fois. Lorsqu'une naissance découlait de cette liaison, le père assumait de loin en loin sa paternité en offrant de menus cadeaux au nouvel an, comme une couverture ou une paire de chaussures. Cadeaux très appréciés dans ce pays si pauvre. Tsylogue avait été élevé à l'occidentale, il ignorait tout des moeurs sexuelles de sa mère qui voulait préserver sa réputation et prenait des précautions extrêmes pour assumer sa libido spécifique. Cependant, sa mère qui avait été stupéfaite de la soumission des femmes françaises à leur mari, de leur fidélité à des hommes si peu attirants et si machos avait élevé Tsylogue avec un peu plus de rigueur, il respectait l'esprit de décision des femmes, il avait vite intégré que c'était elles qui portaient l'avenir de la race humaine, acceptant ou refusant l'enfant qu'elles avaient dans le ventre, le nourrissant et l'élevant et par là-même étant la pièce maîtresse de l'édifice de la société. Madame Tsonkoli avait donc pris le meilleur des deux mondes : celui d'où elle venait et celui où une erreur d'aiguillage lors d'un renversement politique mettant des millions de ses concitoyens sur les routes de l'exode l'avait menée.
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Vronique
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24 août 2006
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**Excusez moi, j'ai transformé le nom de Tsonkoli en Tsatsiki, gourmande que je suis, j'aime la cuisine grecque!**
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Vronique
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24 août 2006
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Dans sa classe, Tsylogue passait pour un garçon réservé auprès des filles, mais il avait pas mal d'amis car son humour et sa joie de vivre plaisaient. Puis un jour arriva dans la classe un autre garçon qui semblait appartenir à la même catégorie que lui. A l'aise dans sa peau, tant qu'il ne s'agissait pas de draguer les filles. A la différence de Tsylogue, Eric avait été adopté et ne savait rien de ses origines. Tout ce qu'on savait, c'était qu'il ne paraissait ni européen, ni africain, ni asiatique. Eric finit par sympathiser avec Tsylogue et lorsque celui-ci dut suivre sa mère à Orléans en classe de première, ce fut très dur pour les deux jeunes hommes. Madame Tsonkoli et Madame Mansini se téléphonaient souvent et parfois Tsania reçevait Sophie Mansini qui s'échappait de sa triste vie maritale pour un week-end à Orléans. Mais Sophie ne venait jamais avec sa fille, si bien que Tsylogue et elle se perdirent vite de vue. Eric demanda à ses parents adoptifs d'être pensionnaire dans le lycée de Tsylogue. Les parents, craignant que leur fils ne devienne homosexuel, résistèrent de toutes leurs forces au chantage affectif de leur fils. Eric commença à faire la grève des études, puis de la faim. Les parents faillirent cèder. Ils appelèrent finalement Tsylogue à la rescousse. Ce dernier aussi ambitieux que sa mère caracolait en tête de classe pendant que ses condisciples tâtaient à tous les "plaisirs" de la vie comme le sexe, les soirées alcoolisées ou la drogue. Il fit un court séjour à Paris où il admonesta si durement le pauvre Eric que ce dernier n'eut de cesse de remonter la pente. Les deux garçons passèrent leur bac brillamment. Tsylogue et Eric furent reçus tous les deux en prépa Maths sup à leur plus grande joie. Madame Tsonkoli était si fière qu'elle s'offrit des vacances pour la première fois de sa vie. Elle partit avec son fils visiter les capitales européennes. Dans sa joie, elle avait oublié de prévenir sa meilleure amie que son fils irait vivre à Paris pendant ses études. Quelle ne fut pas la surprise de Tsylogue de retrouver dans sa classe une divine fille qui faisait tourner toutes les têtes masculines : Sandra Mansini ! Dans une histoire classique, je vous aurais décrit comment les deux amis seraient tombés amoureux de la même fille, comment l'un d'eux se serait désisté pour que son ami soit heureux etc... Mais nous ne sommes pas dans une histoire ordinaire...
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Vronique
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15 septembre 2006
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Madame Tsonkoli avait beau mener une vie de femme d'affaires surbookée, elle avait un contact très étroit avec son fils. Elle rit lorsqu'il lui apprit que la jeune Mansini faisait partie de ses condisciples. " Vous allez tomber amoureux d'elle ton ami Eric et toi ! - Maman! - Quoi ? C'est classique. Du moins en Europe. " Les deux complices rirent de bon coeur. Puis trempant son pain au beurre de cacahuètes dans son verre de coca-cola (oui, je sais, ça vous dégoûte), Tsylogue demanda à sa mère : " Tu n'as jamais eu envie de rentrer au pays? - Au début non, j'étais trop ébahie de voir tant de richesses, ne plus avoir les pieds gelés en hiver, porter des chaussures, manger presque tous les jours à ma faim, recevoir de l'argent en échange de mon travail... et surtout pouvoir changer de patron, de ville, sans que cela soit mal vu et plus tard, quand tu en as eu l'âge, pouvoir t'offrir une éducation ouverte, non sclérosée. Chez nous, seuls les moines se cultivent et encore, en recopiant des heures durant des écrits inutiles. " Tsylogue n'était pas tout à fait d'accord avec l'opinion de sa maman sur l'éducation occidentale qu'elle idéalisait, ne se rendant pas compte que bien des ponsifs inutiles étaient enseignés à des générations d'élèves, créant des cerveaux inadaptés aux impératifs de l'économie productive. Mais c'était un autre débat, il avait bien le temps de préparer sa mère à cela. " Tu m'as souvent parlé de la beauté des champs à l'aube, chez nous, tu as souvent évoqué l'odeur particulière s'échappant des huttes au moment des repas. Et surtout les fous-rires avec les enfants de ton entourage. Je pensais que tu regrettais. - Oui, après le temps de l'émerveillement devant cette société de consommation dont les gens ne soupçonnent même pas les aberrations, j'ai eu un peu de nostalgie.... Une nostalgie animale en quelque sorte. " Madame Tsonkoli jeta un regard en dessous à son fils. Etait-il trop occidentalisé pour comprendre ce qu'elle regrettait le plus ? Risquait-elle de le choquer ? Après tout, il lui avait prouvé à plusieurs reprises qu'il était plus mature que la plupart des garçons de sa génération. " Ce que je regrette le plus, c'est la danse des ceintures. " Elle sétait échappée dans une longue rêverie, ne s'aperçevant même pas que son fils était parti en cours. Ah oui, cette danse des ceintures, quand elle était jeune, comme elle l'aimait !
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