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Clothilde
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04 septembre 2009 à 15:19
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Je passe mes journées enfermée dans une cabine de quelques mètres carrés. J’y ai froid en hiver et chaud en été. Je suis employée de tram. Afin d’égayer un peu ma tenue, je laisse le col de ma chemise bleue d’uniforme et je noue un petit foulard aux couleurs vives. Si j’ai bonne mémoire j’ai vendu en une semaine cent vingt- sept tickets, presque autant d’allers simples que d’aller retour. J’ai quarante ans, je suis une vraie blonde aux yeux bruns. Je m’appelle Jeanne ! Je suis amoureuse. Tout les mardis, sauf les mois d’été il vient prendre le tram de dix heures vint-trois, direction Blankenberge ! A cette heure, il y a peu de monde. Il est très grand, un peu bedonnant, les cheveux bouclés poivre et sel. De beaux yeux bleus et toujours l’air un peu dans la lune. Une voix suave pour demander : - Blankenberge aller retour svp ! Le cœur palpitant, je tends d’une main tremblante son ticket. Quelque fois je dois lui rendre la monnaie, je prends tout mon temps, rien que pour respirer son parfum Et lui fredonne sans s’apercevoir de mon trouble,il fredonne des airs anciens comme "Les escaliers de la bute sont durs aux miséreux ....." J’en perds le sommeil ! Il s’en va vers je ne sais quel mystérieux rendez vous. Chaque jour, de septembre à juin. Ce matin il a revêtu une veste imprimée aux couleurs automnales. J’ai trois frères et pas d’amant. Il tient un livre dans sa main gauche. Je distingue le mot "voûte" dans le titre, c’est tout..
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Clothilde
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19 septembre 2009 à 10:45
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Rose d’émotion je lui tends son ticket et je l’entends à peine me dire merci ! Et il s’éloigne en chantant. Ce matin, il n’est pas venu, ni hier, ni avant-hier Il ne vient plus depuis une semaine, je n’ai plus le goût de servir les clients ! Pour lutter contre mon ennui, je dessine des caricatures ! Entre le passage des trams et les clients . Peu de monde aujourd’hui ! A moins d’en être obligé, il vaut mieux ne pas mettre le nez dehors. Il y a tempête ! Le vent va augmenter dans la journée, J’ai entendu à la radio qu’il soufflerait jusqu’à cent trente ! Il siffle et tente de s’infiltrer sous la porte dans ma cabine ! La mer doit être sacrément agitée, j’entends d’ici le bruit que font les vagues sur les brises lames ! Tiens, voilà le tram et quelqu’un qui en descend ! C’est un habitué lui aussi mais pas celui que j’espère ! Lorsque qu’il arrive sur le quai, il me fait un petit signe amical. Il n’a pas le temps de retenir son chapeau de feutre qui s’envole. Il ne tente pas de le rattraper tant il est occupé à lutter contre le vent ! Je le regarde s’éloigner, plié en avant. Je lui crie que son lacet gauche est dénoué mais avec le bruit de la tempête , il ne m’entend pas. Je ne peux qu’espérer qu’il ne trébuche pas ! J’aperçois son chapeau coincé contre entre une poubelle et le panneau publicitaire de la friterie. Il passe à côté sans le voir. J’ouvre mon cahier de dessins . Il est à moitié rempli. Ma dernière caricature est celle de Madame Laberge, la gérante de l’agence immobilière qui se trouve juste en face de ma cabine. Elle ne sort jamais sans s’être maquillée à outrance ! Je le lui ai dessiné deux ronds roses sur ses joues joufflues, une bouche aux lèvres épaisses, des pendants d’oreilles lui donnent l’air d’un sapin de noël, un chignon volumineux penche dangereusement du côté droit. J’ai accentué la taille de sa tête et dessiné son corps sur des jambes épaisses aux pieds juchés sur des escarpins à talons hauts. C’est assez réussi! Ceci dit sans fausse modestie.
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Clothilde
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19 septembre 2009 à 18:57
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J’ai trois jours de récupération parce que j’ai remplacé Séraphine. Elle a du faire un petit séjour à la clinique. Je crois quelle essaie d’avoir un bébé ! Je peux le dire, ce n’est un secret pour personne ! Madame Laberge m’a demandé de ses nouvelles ! Pensez donc, si Madame Laberge est au courant, tout le voisinage l’est aussi ! Comment vais-je occuper ce weekend prolongé ? Il faudra que je pense à appeler Séraphine, faire un peu de ménage dans mon trois pièces avec vue sur mer, faire le plein du congélateur, aller chez le coiffeur .
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Peteface
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23 octobre 2009 à 21:41
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Ben oui, si je veux arriver à voler le coeur du voyageur ; il faudrait que je pose ma tête de comprimé sur un coin de mon bureau et que je passe à l'assaut !!! Ce n'est pas en croquant les moustiques que je vais attraper un homme surtout qu'il doit être fine mouche... Cela se voit à la façon qu'il a de replier les billets méticuleusement avant de les ranger dans son portefeuille en cuir noir grainé. J'aime pas le grainé cela me fait penser à gangrène et j'ai peur de la maladie, alors la gangrène... Imaginez!!! Bref, heureusement qu'il y a une vitre entre le monde exterieur et moi, au moins cela préserve de la A comme grippe mais aussi comme amour!!! Ahhhh !!! L'amour , si enfin, il pouvait me regarder, peut-être que lorsque je serai coiffée le miracle se produira ???? Depuis ma tendre enfance je cavale après mon prince charmant, c'est de la faute de maman !!! Elle m'a fait croire que j'étais une DS alors que je suis plus proches de la 4L mais sans ailes, sinon cela ferait longtemps que je me serai envolée ...
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Clothilde
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24 octobre 2009 à 14:07
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Dimanche d’octobre Ma silhouette errante promène son ennui dans les rues d’Ostende, ses pas dérangent le tapis de feuilles d’automne qui n’en finissent pas de tomber ! Que faire pour tuer cet ennui qui me tue lui aussi ! Encore deux jours à tirer et je retournerai dans mon abri de verre avec l’espoir qu’il finira bien par revenir prendre le tram. J'espère qu’il ne s’est pas acheté un vélo ou une voiture. Si c’est le cas alors pour moi c’est foutu, je ne le reverrai jamais ! Pour ne plus y penser, je me force à sortir de cette bulle de tristesse dans laquelle je m’emmitoufle depuis si longtemps. Je regarde autour de moi ! Tiens c’est vivant ! Les mouettes crient, les sirènes des bateaux résonnent dans le lointain, comme d’habitude, les vagues vont et viennent accompagnée du bruit de leur ressac. Les touristes se promènent, mangent des glaces, des frites, prennent des photos, sont attablés aux terrasse des cafés ,une calèche attelée à deux chevaux magnifiques traverse la ville accompagnée du bruit de clochettes tintinnabulantes. Sur le mur de la gare quelques affiches placardées attirent mon attention. L’une est un appel à témoin pour la disparition, une malheureuse de plus, d’une jeune fille de seize ans, la deuxième est la publicité pour un voyage aux Caraïbes, la troisième l’annonce d’un spectacle au casino L’OISEAU VERT Commedia Del Arte. Ce soir à vingt heures ! J’ai envie d’y aller, c’est plus facile d’aller seule au théâtre qu’au cinéma ! Je me ferai moins remarquer ! J'aperçois mon reflet dans la vitrine d’un antiquaire ! Effroi ! T’as vu ta tête ma vieille ! C’est toi cette ringarde, mal habillée et mal coiffée ? Retourne dans ta bulle ou vas chez le coiffeur ! Tu en avais d’ailleurs l’intention, non ? Tu avais mis cela au programme. C’est la voix de ma conscience qui se réveille, je ne prends pas la peine de lui répondre ! A deux pas de là, il y a un coiffeur, j’accélère le pas, hésite un instant avant d’entrer, et je pousse la porte ! Un homme à l’allure un peu efféminée m’accueille avec un sourire tel qu’il me donne l’impression que suis sa meilleure cliente ! Mon moral remonte d’un cran ! - Que puis-je pour vous chère madame ? - Mademoiselle s’il vous plaît, je coifferai Sainte Catherine tout bientôt ! Il se met à rire en me disant que cela n’est pas bien grave, qu’il vaut mieux être seule que mal accompagnée, que je finirai par rencontrer l’homme de ma vie, que d’ailleurs s’il aimait les femmes il... - Occupez vous plutôt de ma tête, faîtes en ce que vous voulez, je vous la confie arrangez vous seulement pour qu’aucun chapeau ne vienne s’y poser ! Et je vais m’installer au bac à shampoing. J’ai vraiment droit à la totale, shampoing, rinçage, soin crème avec massage déstressant ! Tandis qu’on m’installe sur un siège confortable, je me demande combien cette séance va me coûter. Dans le fauteuil à droite, un homme, les cheveux imprégnés de produit colorant, est absorbé dans sa lecture ! J’arrive à déchiffrer le titre de sa revue ! « Le pêcheur enchaîné » - Vous désirez de la lecture? Me demande une jeune apprentie. -Non merci ! -Un petit café alors ? Au risque de faire monter la note j’accepte !
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Peteface
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24 octobre 2009 à 18:00
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Et tout en buvant mon café , je regarde de temps-à-autres le profil de mon voisin, me paressant familier ... je me penche en avant pour deposer ma tasse de porcelaine couleur perdrix sur la desserte prévue à cet effet... et c'est là, à ce moment précis que je déchiffre comme un coeur dans la marc de café...
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Clothilde
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24 octobre 2009 à 19:39
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Je n’ose le regarder plus avant car cela risquait de le gêner ! Je dirige alors mon regard vers la fenêtre, la pluie qui s’est mise à tomber fait un bruit d’écume sur la vitre C’est plus fort que moi, mes yeux retournent vers mon voisin qui est toujours plongé dans sa lecture. - Je raccourcis beaucoup, me demande le coiffeur, alors que je fixe le coquillage qui se reflète dans le miroir -Pardon, je n’ai pas entendu, j’étais dans la lune ! - La coupe, vous la voulez comment ? - Peut-être en dégradé c’est possible ? - Tout est possible jolie Madame me répond-il en attrapant une mèche ! Et tout en travaillant, le voilà qui me raconte son dernier voyage. - Le coquillage là sur la tablette, j’ai vu que vous l’admiriez, il vient des caraïbes. Pas très original, le gars, on lui colle une affiche vantant une destination de voyage et il y va ! Et si l’affiche avait vanté les mérites du pôle nord, je parie qu'il y aurait été aussi! Il coupe, il raconte, de temps en temps, il s’arrête, ciseaux en l’air pour me donner un détail supplémentaire ! Les mèches virevoltent au rythme de ses gestes. En face de moi, je vois quelqu’un de différent, quelqu’un de joli, avec de grands yeux bleus étonnés de ce qu’ils voient. C’est moi là ? Mon voisin lecteur s’est levé sous l’injonction de l’apprentie qui le dirige vers le lave tête je le regarde passer et mon cœur bondit de joie ! C’est lui, là ! Tout près de moi ! D’émotion, je deviens toute pâle et mes mains commencent à trembler.
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Peteface
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25 octobre 2009 à 14:33
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Je m'attrape la gauche avec la droite pour limiter les agitations convulsives et jette un oeil, juste un, par dessus mon epaule pour voir où il est installé !!! A coté de la porte dans un fauteuil massant !!! Sous le choc de ce tour du destin, je sens la pointe de déception qui se fraye un chemin au milieu de mes penséees dispersées par ce coiffeur qui n'en finit pas de me fatiguer en me relatant sa relation avec sa derniere conquête, et qui me paraît d'un coups bourré d'amphet' !!! Oui, je suis déçue de découvrir que mon prince charmant se teint les cheveux, se fait masser , aime le pomponnage et le blablatage !!! Saleté de cuir grainé dès le début j'aurais du me méfier...
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Peteface
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31 octobre 2009 à 14:58
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... Je suis fille de... cordonnier et depuis ma première carie, papa m'a toujours dit que les porteurs de cuir non lisse sont des drôles de gens !! Ou des modestes qui veulent jouer au snobs ou des riches qui veulent faire pauvre ou au contraire des... J'ai rien à cacher et qui camoufle beaucoups de chose !!! Bref, c'est le coiffeur défoncé qui me tira de la léthargie dans laquelle j'etais tombée depuis que j'avais découvert l'existence de mon rêve dans ce salon de coiffure !!! Je jetais machinalement un regard dans la glace et ne me reconnus pas.... Scarlett Johansson c'etait moi, c'est medusée que je réglais la modique somme de 108e pour cette métamorphose, ce coup de ciseaux magique et me dirigeais vers la sortie qui... Pour le coup se trouvait à côté de l'homme !!! Il leva d'ailleurs les yeux vers moi et me couva d'un regard enjoy voir enjôleur !
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Clothilde
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29 décembre 2009 à 19:26
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Et moi je m' apercus que ce regard que j' avais tant espéré , rêvé , attendu me laissait de glace ! Tant de soupirs , de larmes versées dans la solitude de ma chambre pour rien ! Quelle deception !! Je lui fis le petit sourire froid de celle qui ne fraye pas avec les inconnus et m' éloignai rapidement . - Allez ma belle , tu peux t' appeler ainsi désormais , achète toi une jolie tenue et ,tant pis si tu grèves ton budget du mois, choisis toi aussi un joli sac et les chaussures qui vont avec ! Ensuite va manger une énorme glace aux fruits de la passion sur le port et puis va voir le spectacle de ce soir . Ce que je fis sans rien déroger au programme que je m' étaits concoctée un peu hâtivement. Le lendemain je m' éveillai avec un léger sentiment de culpabilité , les dépenses de la veille me semblaient à présent un peu exagérées et qui ne m' avaient dristraite de ma déception que le temps du spectacle!
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