Solitude
Solitude
La vie dans un institut psychiatrique




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 Clothilde 21 octobre 2009 à 18:52 Envoie un message à Clothilde Voir le profil de Clothilde
Six heures trente, Cracovie le jour n’a pas encore fini de se lever. Telle une sentinelle, une femme est postée derrière la vitre sale. Luna a soixante ans, elle est grosse, négligée, ses cheveux gris en bataille n‘ ont pas été lavés depuis au moins trois semaines.
Luna pose un regard fatigué sur l’immeuble d’en face, aux murs de béton vert de gris.
Elle n’est pas folle, elle sait mais ils ne l’ont pas crue. Alors elle est ici dans cette institution qui ressemble à une prison. Elle hait cet endroit, les gens qui travaillent ici sont pour elle, des geôliers. Il y a le médecin au long nez crochu, au regard inquisiteur qu’il cache derrière ses épais verres de myope. Qui l’observe, écoute et prend des notes dans un cahier à spirales d’une écriture en pattes de mouche.
Il y a Gerda, la grosse Gerda, presque aussi grosse qu’elle-même, toujours vêtue d’un tablier plus gris que blanc et qui affiche une allure de gendarme. Elle lui dit de sa voix caverneuse «- Luna vous n’allez pas traîner tout le jour dans votre robe de chambre ! ». Elle ouvre son placard, prend des vêtements propres qu’elle lui met dans les bras, l’oblige à se déshabiller, la pousse sous la douche. Parfois, elle l’aide à se laver, elle a alors des gestes doux, elle lui savonne le dos, l’aide à se sécher
Mais lorsque qu’il s’agit de faire absorber les médicaments, elle ne transige pas. Elle attend que le verre d’eau soit vide et il faut ouvrir la bouche !
Luna est experte dans l’art de dissimulation. Elle feint d’avaler les pilules en faisant une grimace parfaite, les cachent entre sa gencive supérieure et sa joue bouffie.
Depuis peu nouveau directeur est arrivé de France .Il paraît que sa façon d’aborder la maladie est différente.
Tout en regardant au travers des vitres crasseuses garnies d’épais barreaux, elle tâte le contenu de sa poche droite, les deux pilules d’ hier soir s’y trouvent encore .Dans la poche gauche, il y a son talisman, une petite clé qu’elle caresse machinalement, de l’autre main, du bout de ses doigts boudinés elle dessine des arabesques sur le carreau embué. Les traces laissées forment comme un parterre de hautes herbes agitées par le vent.
Six étages abritant des logements sociaux exigus, en tout point pareils, se trouvent face à son poste d’observation.
Luna a occupé l’un deux pendant toute sa vie, partageant au travers des murs, les joies et les peines de ses voisins et leur offrant les siennes.
Le genre d’immeuble qui se rencontre partout dans la ville.
Pour profiter d’un peu de verdure, il faut se rendre au parc qui jouxte l’école . En marchant une demi-heure de plus on se retrouve sur les rives accueillantes d’une rivière.
Elle y a emmené souvent ses élèves pour des leçons d’observation données par son ami Luis, champion de la pêche à la grenouille. Il savait y faire, le bougre, pour capturer la grenouille et captiver son auditoire.
Elle se demande si le camp tsigane est encore installé là.
Elle ferme un instant les yeux et revoit les roulottes bariolées, la barrière en bois vermoulu, les draps blancs étendus sur l’herbe, les fleurs bleues qui foisonnaient et les enfants qui les cueillaient.
Des brassées de fleurs et des visages épanouis, des cris joyeux, c’est à cela qu’elle doit penser pour ne pas devenir folle.
Son vieil ami doit avoir franchi les quatre vingt ans à présent .Il n’a jamais su qu’elle l’aimait .Elle devrait lui écrire ! Il n’est pas trop tard, peut-être ….
Elle pourrait inventer un conte de fée, à l’ envers, un conte où elle se transformerait en grenouille où elle se laisserait capturer, caresser par les mains râpeuses de Luis, embrassée par ses lèvres moustachues et elle se transformerait en elle….même plus jeune. Luis n’aimait pas les princesses !
Non elle n’est pas folle !
Elle voudrait prolonger sa rêverie mais elle risque de s’endormir et son cauchemar reviendra aussitôt.
Une odeur de chair brûlée, un village calciné, des corps sans têtes, des têtes sans visages et surtout un sil

 Clothilde 21 octobre 2009 à 18:55 Envoie un message à Clothilde Voir le profil de Clothilde
un silence pesant.
Quand, elle a tenté de mettre des mots sur ces horreurs, on lui a dit «- tais-toi ! »
Oh, elle a bien fait plusieurs tentatives pour se faire comprendre, elle a hurlé, pleuré ; tenté de mourir.
Elle est devenue insomniaque pour fuir ces horribles images qui l’assaillaient chaque nuit.
Ce cauchemar est enfoui en elle depuis très longtemps, elle sait qu’elle a vécu cela. Il y a longtemps dans une autre vie.
Elle n’est pas folle, elle sait, elle le sent. Ne plus y penser, garder son esprit en éveil.
Vite elle pose son regard dans la rue qui s’anime de plus en plus. Les concierges sortent les poubelles et sur chaque trottoir presque face à face, deux balayeurs de rue en tenue vert fluo poussent avec une synchronisation parfaite leurs grands balais de sorcière.
Luna perçoit presque le frottement de la paille sur les pavés.
Une vieille dame toute menue, enveloppée dans un châle noir, promène un petit chien qui lui ressemble, croise un homme grand et mince en costume bleu qui avance d’un pas pressé, sa serviette de cuir balançant au rythme de ses pas. Il soulève son chapeau afin de saluer la petite vieille. Elle ne le voit pas toute occupée qu’elle est à bavarder avec son chien.
Les commerçants relèvent leur rideau de fer, quelques voitures commencent à circuler sur le tarmac humide.
L’institut psychiatrique se trouve à l’angle de la rue Petrovic et la rue Cergy.
C’est là qu’elle habite désormais. Troisième étage, chambre numéro six.
Un lit en fer recouvert d’une couverture à carreaux, des draps gris, un placard, une chaise, une table, un linoléum rouge devenu mat en certains endroits, un lavabo au robinet qui fuit, voilà son univers. Sur les murs bleu pâle, elle a collé des dessins d’enfants, des photos, des morceaux de papier sur lesquels, elle a écrit ses pensées. Elle s’offre des mots joyeux, colorés, sucrés. Des lettres aussi, de Luis, de Dédé. Quand elle est fatiguée de regarder au-dehors, elle se repaît de tous ces mots. Une veille malle renferme des photos, des lettres, des cahiers souvenirs témoignage d’un temps heureux à jamais disparu
Sur la table un jeu de cartes toutes écornées, une réussite entamée, une bouteille d’eau presque vide, une tasse ébréchée, un dictionnaire et le journal ouvert à la page cinq, celle ou sont relatés les faits divers. Il date de plusieurs années, elle l’a gardé parce qu’on y fait mention de son départ de l’école pour raison personnelle. Evidement on n’allait pas écrire en première page qu’elle était enfermée à l’asile. La réputation de l’école en aurait souffert !
Elle ne sait plus depuis combien de temps, des jours, des semaines, des mois, peut-être des années, elle est ici à se morfondre. La date du journal, seize avril 1995 n’a plus de signification pour elle. C’est à des années lumières. Nulle importance ! La voici installée dans une triste éternité. Preuve évidente, la grande horloge du couloir s’est arrêtée, sur douze heures vingt ou minuit vingt. Nulle importance !
Elle n’est pas folle. Cela, elle le sait. C’est d’ailleurs la seule certitude à laquelle elle peut s’accrocher.
Un jour, elle leur prouvera qu’elle a toute sa tête. Juré, dusse-t-elle en mourir !
Le ciel, paré de couleurs orange et rose, scintille au dessus des immeubles .Ce sera une belle journée pour ceux qui sont libres d’aller et venir
Luna peut enfin s’accorder un peu de repos .Fermer ses paupières lourdes de sommeil pour oublier son triste décor, les odeurs malsaines et l’inconfort de sa chambre, sa solitude, sa tristesse. Juste un instant seulement avant que l’aide soignante n’arrive avec le petit déjeuner. Elle se laisse aller à une douce rêverie bientôt interrompue par un coup bref sur la porte. Sans attendre la réponse, une femme corpulente boudinée dans un tablier bleu entre en traînant les pieds.
-Pas encore habillée Luna, n’avez-vous pas honte de traîner dans cette robe de chambre usée et sale !
- ......
-Je veux vous voir habillée quand je passerai reprendre votre plateau, c’est entendu ?
- ........
Tiens, Gerda est en congé aujourd’hui, c’est cette peau de vache ,comment elle s’appelle déjà ? Lucia, c’est cela !
Luna tâte dans sa poche gauche, la petite clé dorée que lui a offert un de ses anciens élèves Dédé .Quand donc est il venu la voir ?
Elle avale une gorgée de thé lavasse puis se dirige vers le cabinet de toilette
Luna se dirige d’un pas lourd vers le coin toilette. Elle ouvre le robinet, l’eau qui s’en écoule est brunâtre, sa toilette est rapide .Elle enfile un large pantalon et une tunique délavée à peine plus élégante que son peignoir, sort de sa chambre en laissant son plateau déjeuner intact, elle sera partie avant que le dragon ne revienne pour lui faire la morale.
Dans les couloirs une odeur fétide assaille ses narines : médicament, produit désinfectant, tabac refroidi .La lumière du jour est chichement dispensée par des vasistas situé presque au ras du plafond. Elle a un instant l’envie de retourner dans sa chambre pour jouir des couleurs du ciel mais il est interdit de rester dans sa chambre la journée.
Communiquer ! Telle est la devise de la maison.

Elle se dirige vers ce qu’on appelle pompeusement le lieu de vie. Un lieu sensé être un lieu de rencontre, de partage. Elle croise quelques personnes qui déambulent le regard perdu on ne sait où, certains avancent en trainant les pieds, d’autres rasent les murs.
Dans le séjour quelques uns sont déjà attablés, malgré l’heure matinale. Piotr et Achille ont entamé une partie carte qui ne finit jamais. Sam est posté devant l’écran géant de télé et zappe à longueur de journée. Adolf est assis en dessous d’une table et répète sans cesse :
-où est-il , où est il ?
Personne ne sait qui il cherche. Ce sont les seules paroles qu’il peut encore prononcer. Alida quand à elle ne prononce plus une seule parole, elle se contente de pousser de temps en temps de petits cris.
Jauja, habillée tout de noir pleure dans son coin, ses frêles épaules ployant sous un chagrin pesant. Luna sert deux tasses de thé et viens s’asseoir à ses côtés.
-Bois cela ma belle, tu as versé tant de larmes que tu dois être déshydratée.
Jauja la remercie d’un pauvre sourire, prend la tasse, avale quelques gorgées avec une grimace de dégoût puis regarde Luna dans les yeux.
Des yeux noirs comme la braise, des yeux grands bordés de cils démesurément longs, des yeux qui reflètent une tristesse incommensurable
-Je vais vous quitter Luna, je ne supporte plus cet endroit. Je n’en peux plus.








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Solitude est classée dans le genre Psychologie.

Commencée par Clothilde,
le 21 octobre 2009. L'histoire est composée de 2 participations.

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  • 1 Auteur:
Clothilde
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