Mesdames, Mesdemoiselles...
Mesdames, Mesdemoiselles...
L'irresistible ascension d'un jeune chanteur de variété imbu de lui-même




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 Telma 28 novembre 2005 Envoie un message à Telma Voir le profil de Telma
- En privé une prestation de trente minutes et c'est long, vaut dix billets, ma belle..., te fatigue pas ; avec toi j'ai compris, c'est donnant-donnant mais j'ai pas vraiment envie, tu comprends ?
Elle éclata de rire, vraiment, un rire de gamine franc et lumineux.
- C'est bien la première fois qu'on me demande de payer pour "ça" ! C'est la meilleure du siècle !
- Pourquoi pas, répondit Jordan, tu en connais un rayon sur le sujet.
Son rire se figea.
- Tu veux dire quoi, là ?
- Simplement que t'as fait à la fois du pognon et ta carrière en couchant.
- Et tu tiens ça de qui ?
- De source sûre...
- Attends, Jordan ; première leçon : dans ce métier les sources sûres n'existent pas plus que la virginité de ta mère. Mon boulot, j'ai ramé pour l'avoir et on rame pas avec son cul sinon on avance pas.

 Telma 02 décembre 2005 Envoie un message à Telma Voir le profil de Telma
- J'avais cru comprendre que...
- Faut jamais croire, Jordan, jamais.

 Raph 03 décembre 2005 Envoie un message à Raph Voir le profil de Raph www.raphou.net
Jordan se leva, enfila son pantalon, et dit en regardant Emma droit dans les yeux :
- Tu as raison, Emma, je ne dois pas croire tout ce qu'on me dit. Maintenant je suis un grand garçon, et je dois voir les choses en face : soit tu racontes des conneries quand tu parles de tes talents d'imitatrice de signatures, soit tu dis vrai, mais dans ce cas, je vois mal une toute nouvelle major s'attaquer à un petit inconnu à l'aide d'une simple signature gribouillée au bas d'un contrat.

Emma ne sut quoi répondre. Jordan boutonna sa chemise et, se dirigeant vers la porte, lança un "sympa ton appart' ! " qui eut le don se faire enrager Emma au point d'attraper sa lampe de chevet et de la balancer contre la porte. Jordan ne broncha pas. Il regarda ce qui restait de la lampe qui venait de le frôler, ouvrit la porte, tourna une dernière fois son regard vers cette magnifique rousse que la colère avait rendue encore plus belle que d'habitude, et sortit définitivement.

Dans la rue, il se rendit compte qu'il était sur le boulevard Richard Lenoir, juste en face de la station de métro dans laquelle il était descendu quelques mois plus tôt, avant de rencontrer Emma pour la première fois.
Il commença à descendre des marches...

 Telma 03 décembre 2005 Envoie un message à Telma Voir le profil de Telma
- Quel con, quel petit con ; il ne sait pas encore qu'il a du talent ! soupira Emma en ramassant les débris de sa lampe.
Jordan, lui, s'était posé sur un banc de la station et regardait passer les métros ; quelque chose avait changé dans sa vie. Quelque chose ou était-ce lui qui se sentait différent ? Et puis il y avait les mots d'Emma, le visage d'Emma... "Ce n'est qu'une manipulatrice... elle n'a peur de rien ni de personne et elle ne respecte rien ni personne !" pensa-t-il en oubliant qu'il était comme elle.

Il se réfugia chez Diana ; elle était toujours bonne conseillère.
- Salut m'man.
- T'es pas frais, toi ! Tu veux une orange pressée ?
- Mouais. Il lui raconta sa soirée.
- Vas voir Boderle, ce contrat c'est le tien, non ?
- Ce contrat me lie à Emma et c'est une sacrée garce.
- Pourquoi une garce ; elle est jeune, bien roulée, intelligente et elle parle aussi bien le français que l'anglais ou l'espagnol ; c'est pour ça qu'elle est entrée chez Chloé comme accompagnatrice...
- Au lit !
- Pas du tout, les filles de Chloé ne couchent pas ; tu tiens cette nouvelle de qui ?
- C'est toi qui m'en avais parlé...
- Tu as mal pigé. Emma et ses copines accompagnent des hommes d'affaires dans des diners officiels, des spectacles... C'est de la représentation rien de plus, elles ont même un texte à connaitre sur l'invité en question, ses goûts, loisirs... Emma a côtoyé une belle quantité d'hommes importants et en a tiré quelques leçons, c'est tout.

 Raph 08 décembre 2005 Envoie un message à Raph Voir le profil de Raph www.raphou.net
- Je ne crois pas... Il y a autre chose...
- Quoi ?
- Ce boulot... c'est une couverture... ou un moyen de savoir des trucs... Emma, c'est une sorte d'agent secret, ou je ne sais quelle connerie !
- Jordan, ça ne te ressemble pas de romancer les choses comme ça ! Tu veux savoir mon avis ? Soit tu fais une paranoïa, soit...

Elle partit d'un rire moqueur qui résonna dans la grande salle de musique qu'était son salon.

- Quoi ? Pourquoi tu te fous de ma gueule ?
- ... Ca y est, ha ha ha ! J'ai compris ! Tu es amoureux pour la première fois !
- Quoi ? Jamais ! Pas de cette pauvre meuf !
- Si, si ! Je te connais, Jordan ! Ha ha ha !
- Et puis je sais ce que c'est l'amour, j'ai aimé Lili !
- Lili ! Est-ce que c'est une fille qu'on aime, ça ? Une poupée de porcelaine qui casse comme un rien ! Combien de femme tu as connues ? Hein ? Allez, dis un chiffre ! 300 ? 400 ? Allez, on va dire 346. Hé bien, mauvaise nouvelle, Jordan : en matière de sentiments, tu es un puceau !

Il s'approcha d'elle et la gifla violemment. Déséquilibrée, elle se rétablit maladroitement en s'accrochant au bord du piano, et regarda Jordan droit dans les yeux, stupéfaite.
Un moment de silence se fit, puis Diana esquissa un sourire.

- Maintenant, écoute-moi, petit con. Je t'ai appris énormément, tu ne savais rien en arrivant sur Paris. Maintenant tu es le jeune loup que vont se disputer les festivals... à condition que tu arrêtes de jouer les grands, du haut de ta piaule minable et de ton blouson en faux cuir ! Alors au lieu de taper sur celle à qui tu dois tant, tu vas me débarrasser le plancher, retourner chez Boderle, et lui dire que tu es OK ! Et en attendant, je ne veux plus croiser ta face de petit minet ridicule. Allez, dégage !

 Telma 10 décembre 2005 Envoie un message à Telma Voir le profil de Telma
- Attends... Il tendit la main vers elle pour s'excuser.
- Non, Jordan, je n'attendrai pas ; aujourd'hui, c'est un peu comme quand je t'ai sorti de mon lit, lorsque j'ai jugé que tu n'avais même plus de tendresse mais que de la pitié pour moi ; aujourd'hui c'est pire, tu n'as même plus de pitié. Va et si tu dois revenir que ce soit auréolé de gloire...

Il claqua la porte, personne ne vit qu'il pleurait sauf sa guitare ; la rue lui donna l'illusion d'être moins seul. Il rentra prendre une douche, se raser, se changer ; une glace piquetée accrochée à son clou au-dessus du lavabo lui renvoya une image minable dans une salle de bain minable coincée dans un appartement minable.
- C'est vrai que je suis un petit con, dit-il à son reflet, je connais deux femmes géniales et je gâche tout !
Il téléphona à Boderle.
- Je t'attends Jordan. Prends un taxi.

 Plummot 13 décembre 2005 Envoie un message à Plummot Voir le profil de Plummot
- Le Tréport ça te dit quelque chose ?
- Non, qui c’est ?
Boderle ricana.
- C’est où, plus exactement, corrigea celui-ci. Un petit port de pêche sur la côte normande à deux heures de route de Paris. La mer, les mouettes, des falaises de craie, un casino et les week-ends, une horde de Parisiens en mal d’air iodé, bref l’endroit idéal pour un premier concert.
Jordan sembla dubitatif.
-J’aurais préféré Deauville.
- Sauf que Deauville ça se mérite vois-tu !!! J’ai contacté un de mes vieux amis qui s’occupe d’organiser des soirées dans la région.
Il lui tendit une pochette cartonnée.
-Tu chantes samedi soir… ;
Jordan parcourut les documents.
- C’est quoi ça ? , interrogea-t-il soudain.
- Quoi ?
Jordan posa son index sur un nom inscrit en caractères gras.
-Ah ça ! , s’amusa Boderle.
Il sembla hésiter une seconde, par crainte sans doute de la réaction du jeune homme. Il le fixa encore une poignée de secondes sans prononcer un mot, puis se décida enfin.
- C’est ton nouveau nom de scène… !!!!

 Fruit 14 décembre 2005 Envoie un message à Fruit Voir le profil de Fruit
"JDIM RALPH"
- Et pourquoi ?
- Comme ça et puis ça sonne bien ! Et tu remarqueras que tu gardes tes initials !
- Et si je refuse ?
- Je ne crois pas, voici un chéquier avec ton nouveau nom. Le crédit alloué dépendra de tes concerts. A chaque prestation tout te sera payé, transports, hôtel, vestiaire, bouffe et extras et seule la valeur du concert te sera versée.
- 100 euros ?
- Emma a dû oublier un zéro, je vais corriger ça !

 Anh 04 janvier 2006 Envoie un message à Anh Voir le profil de Anh
Le week-end promettait plutôt un temps doux pour la saison. Jordan n'avait pas voulu se poser trop de questions et avait laissé s'écouler les journées tranquillement. Après tout, comme aimait à répéter le patron du petit café en face de chez lui, carpe diem ! Vis l'instant présent et te fais pas autant de bile !
C'est dans cet état d'esprit que Jordan posa le pied à terre en gare du Tréport, après avoir bouquiné durant presque tout le trajet. Il n'avait pas voulu se joindre à la clique de Bordele qui arriverait le lendemain par la route, et avait préféré venir en éclaireur, seul, pour s'imprégner des lieux. Il comptait marcher le long de la plage, ramasser des seiches, pourquoi pas quelques coquillages, prendre un bon bol de vent à s'en fouetter les oreilles, et ne plus penser à rien, sinon peut-être à sa musique. En attendant, il fallait qu'il trouve l'hôtel qu'on lui avait réservé. "Le Paris", ça ne devait pas être trop compliqué...

- Une chambre au nom de ?
- Ralph. Jdim Ralph.
- Ah oui, bien sûr ! C'est vous qui faites la soirée de demain au casino, n'est-ce pas ? s'exclama le réceptionniste en lui adressant un clin d'oeil tout sourire.

Jordan monta déposer son sac dans sa chambre. Spacieuse, propre, sobre. Ça lui convenait tout à fait. Il vérifia le contenu du petit bar avant de redescendre.

Dans le hall, une affiche tape-à-l'oeil qu'il avait ignorée en arrivant promettait une "soirée de folie" avec "l'un des plus séduisants jeunes crooners de la scène parisienne". S'ensuivait un texte dithyrambique - que personne heureusement ne lirait - et sa photo, tellement retouchée qu'il avait même du mal à s'y reconnaître ! "Costume de rigueur". On ne rigolait pas au casino... Finalement, pensa-t-il en souriant, il serait le seul à être autorisé à s'habiller à la cool. Après tout, ça faisait partie de son charme et de son personnage, jeans troués et marcel à paillettes !

 Sylvie 10 janvier 2006 Envoie un message à Sylvie Voir le profil de Sylvie
Il sortit sa guitare de son étui avec des gestes amoureux et plaça quelques accords avant de la poser sur le lit. Un soleil timide jouait avec les persiennes et c'est en les ouvrant qu'il découvrit l'océan, là, s'étalant jusqu'à l'horizon dans une palette de couleurs mouvante et à la fois immobile. "Dieu que c'est beau ! pensa-t-il, comment en musique trouver ces mêmes harmonies parfaites à chaque recommencement !"

 Plummot 10 janvier 2006 Envoie un message à Plummot Voir le profil de Plummot
Boderle avait eut raison, car ce qui n’était encore ce matin qu’un discret et paisible port de pêche s’était transformé dans la soirée en une évidente station touristique visiblement très prisée. Les parkings de la ville s’étaient peu à peu engorgés d’automobiles immatriculées dans la capitale ou dans quelques uns de ses proches départements. Les restaurants, ce midi encore clairsemés, affichaient maintenant presque tous complets et proposaient même pour certain un second service.
Jordan dîna seul à sa table, au milieu d’une salle dense et bruyante. Il prit d’ailleurs soudain conscience que quelques-uns de ces gens-là, seraient sans doute le lendemain soir en train de l’écouter. Son estomac se serra immédiatement au point qu’il ne termina même pas son repas.
Le brouillard était venu du large pour envelopper la ville. La lueur du phare n’était plus qu’un pâle et vague halo verdâtre perdu dans la brume. Jordan s’enferma dans sa chambre, une boule au ventre, il révisa ses textes, répéta une dernière fois quelques accords puis finit par s’endormir, bercé par le son grave d’une corne de brume.
Le lendemain on tambourina à sa porte dès 7 heures du matin. Boderle et son équipe étaient déjà là. Le brouillard ne s’était pas encore levé, et de fantomatiques machines improbables baladaient déjà leurs imposants balais sur les trottoirs de la ville.
La table du petit déjeuner accueillit avec peine la douzaine de personnes qui y avaient pris place. Il y avait Boderle, le crâne fraîchement rasé de Wogel, Emma puis d’autres types qu’on avait oublié de présenter à Jordan. Tout au bout, il y avait même une femme noire d’une cinquante d’années qui ne cessait de fixer le jeune homme.
- On a une nouvelle pour toi, annonça soudain Boderle en crachant la fumée de sa cigarette.
Jordan avait horreur que l’on fume au petit déjeuner !
- Excuse-moi, s’excusa l’autre en apercevant la grimace du jeune homme.
Il fit mine d’éparpiller la fumée d’un ample mouvement de sa main droite, mais n’éteignit pas pour autant sa cigarette.
- C’est quoi cette nouvelle, interrogea Jordan. Vous avez pris la décision d’arrêter de fumer?
Boderle ricana.
- Non ! , c’est bien mieux que ça…..

 Sylvie 10 janvier 2006 Envoie un message à Sylvie Voir le profil de Sylvie
- J'ai un "presque" contrat pour Londres, ça t'intéresse ? dit Boderle en écrasant sa cigarette pour en allumer aussitôt une autre. D'un coup, la fumée ne gêna plus Jordan.
- Vrai ?
- Oui mon gars, j'ai peut-être du lard mais je fais bien mon boulot. J'ai organisé ta promo ces jours derniers ! Par contre, ils veulent la vidéo de ce soir, alors, défonce-toi !
- Comment est le public ici ?
- T'occupe pas du public ; joue comme tu sais le faire, avec tes tripes et ça ira ! Tu auras un créneau en fin de matinée pour répéter en salle.
- Okay.

 Plummot 12 janvier 2006 Envoie un message à Plummot Voir le profil de Plummot
La répétition dura un peu plus d’une heure. Jordan avait enfin compris que quelques-uns des types avec qui il avait prit le petit déjeuner le matin même étaient des musiciens censés l’accompagner sur scène.
Cette dernière n’était pas bien grande. La salle non plus d’ailleurs. Tout juste une demi-douzaine d’étroites rangées de fauteuils rouges, et un balcon minuscule, une loge presque !!! La femme noire du petit déjeuner était là. Elle s’était assise dans un coin de la salle et n’en avait pas bougé tout le temps de la séance.
Quand Jordan quitta la scène, un peu avant midi, les musiciens terminaient de gratter leurs instruments. Il emprunta l’étroit et très pentu escalier en ciment qui menait au sous-sol et débouchait sur un couloir conduisant à sa loge. L’endroit était glauque. Terminant de dévaler les dernières marches il songea soudain que ce soir il ferait le chemin inverse. Il avait chaud et faim aussi, et se montra plutôt satisfait de la répétition.
Il était au milieu du couloir quand soudain la voix d’un homme lui parvint. Boderle ! Il était au téléphone. Jordan tendit l’oreille.
-Tu sais ce que c’est ? Il y a ce que l’on est et ce que l’on pense être…..
-….
- Non, aucun talent ! Il connaît le solfège s’est déjà pas si mal.
Jordan se planta devant la porte entrouverte de la loge de Boderle. Ce dernier ricanait au propos de son interlocuteur téléphonique.
- Le fric, mon cher ami ! L’essentiel est que tout ça nous rapporte du fric !
Jordan n’en croyait pas ses oreilles.
- Si j’arrive à travailler son image on peut peut-être en tirer quelque chose…..
Il hésita à pousser la porte et à venir mettre son poing dans la gueule de ce salopard. Finalement il renonça et, fou de rage disparut dans sa loge en faisant violemment claquer la porte. Le bruit fit sursauter Boderle.
-Bon je te laisse, fit ce dernier, je dois aller voir où en est mon petit protégé. Il chante ce soir, et celui-là par contre, c’est un vrai talent. Tu verras je t’enverrai la vidéo ! A plus tard !

 Sylvie 12 janvier 2006 Envoie un message à Sylvie Voir le profil de Sylvie
Jordan écrasa son poing dans le coussin d'un fauteuil bleu, un peu plus et il en aurait chialé. Il s'enferma et quand Boderle voulut entrer, il entendit simplement gueuler : "Qu'on me foute la paix ; la paix !"
- Il se prend déjà pour une star, ce petit, sourit Boderle en s'éloignant, j'y repasserai tout à l'heure, l'adrénaline de la scène se sera dissipée !
En traversant la salle, il croisa Emma.
- Bonne prestation, hein ?
- Je pense qu'il peut faire encore mieux, croisons les doigts pour ce soir ! La jeune femme sortit son agenda.
- Si la vidéo est vraiment bonne, à nous Londres !!
- Ce n'est pas toi qui iras si ça se fait ! Si le petit grimpe si vite, c'est Riber qui deviendra son agent.., tu n'as pas la carrure !
- Mais...
- Ici, tu recrutes Emma, tu n'accompagnes pas ; ça a toujours était clair, non ?
- Avec Jordan, c'est pas pareil qu'avec les autres...
- Justement, raison de plus !... Attends, écoute !
Des accords montaient du sous-sol, Jordan dans le silence étroit de sa loge, se défonçait sur sa guitare ; le petit ampli qu'il trimbalait partout vibrait contre les murs délavés et les notes, sèches, grinçantes, rageuses, parfois impuissantes, exprimaient bien son sentiment.
- C'est bien la première fois que je vois ça ! Il en a donc jamais assez ?

 Plummot 24 janvier 2006 Envoie un message à Plummot Voir le profil de Plummot
Le soir arriva. Jordan avait finalement décidé de rester. Partir ne lui aurait donné rien de mieux. Ce sale con de Boderle se serait sorti de la situation avec une nouvelle pirouette et lui n’aurait même pas eut le plaisir de jouer. Il resta cloîtré tout le reste de l’après- midi, n’ouvrant sa porte à personne, pas même à Emma qui insista pourtant. Il trouva qu’elle avait une drôle de voix, comme si elle avait pleuré, pourtant il ne céda pas et la jeune fille finit par se lasser. C’est Boderle qui revint à l’assaut, moins d’une heure avant le début du spectacle.
- Qu’est-ce que tu fous ? se montra-t-il inquiet, à ce rythme-là on ne sera jamais prêt !!!
Silence.
Boderle insista.
-Tu dois te préparer, t’habiller et te faire maquiller ! Il y a une maquilleuse qui t’attend.
Jordan resta de marbre, allongé sur son lit, le trac commençant à lui dévorer les entrailles.
- Qu’est-ce qui t’arrives ? sonda de nouveau Boderle en adoptant un ton devenu soudain plus paternaliste. T’as la trouille c’est ça? Tu sais ça arrive à tout le monde d’être mort de trac avant de monter sur scène ! C’est plutôt bon signe même, c’est que tu as du talent !
-Tu parles ! , marmonna le jeune homme sans que l’autre de l’autre côté de la porte ne puisse entendre.
- Jordan ! appuya Boderle en martelant de nouveau la porte de son poing. Tu dois ouvrir.
- Foutez-moi la paix, je suis prêt !
Boderle resta sans comprendre.
- Mais enfin ton costume de scène ?
- Je montrai sur scène avec mes propres fringues et comme ça je serai comme je suis et non comme je pense être !!!
L’autre ne releva pas, incapable de cerner ce que signifiait cette remarque.
Jordan déverrouilla la porte de sa loge moins de cinq minutes avant l’heure fatidique. Il avait perçu depuis un bon moment déjà le bruit de l’attroupement qui s’était formé devant sa porte et qui obstruait l’étroit couloir. Tous le regardèrent comme s’il était un extraterrestre. Il repoussa des mains bienveillantes qui se posèrent sur ses épaules et se fraya un chemin vers la scène.
- Et bien dis-moi, remarqua Boderle, une vraie diva celui-ci.

 Plummot 10 août 2007 Envoie un message à Plummot Voir le profil de Plummot
Il était un peu plus d’une heure du matin quand Jessica trouva Jordan assis à la table de la cuisine, le petit téléviseur, surplombant le réfrigérateur, allumé sur une chaîne sportive, le son coupé, en train de rediffuser un match des Seahawks.
La lumière agressive du néon de la pièce fit plisser les yeux de la jeune femme. Jordan la regarda en souriant tendrement, le combiné du téléphone sans fil dans la main.
-Quelque chose ne va pas ?, s’inquiéta-t-elle en s’approchant du jeune homme, d’une petite voix endormie qui révéla encore un peu plus son accent américain.
Se dégageant légèrement de la table, elle en profita pour venir s’asseoir sur ses genoux.
-Je n’arrivais pas à dormir, lui avoua-t-il.
Elle désigna le combiné du téléphone.
-Quelqu’un en France ?
-Il est un peu plus de huit du matin à Paris, fit-il comme pour justifier son appel au milieu de la nuit.
-Tu ne veux toujours pas me dire ce qui te tracasse ? , sonda la jeune femme. Cela fait maintenant une semaine que tu sembles perturbé, que tu ne manges plus, ne dors plus, que tu passes la moitié de tes nuits devant la télé ou en train d’appeler à l’autre bout du monde.
Jordan haussa négligemment les épaules, sans répondre. Elle le regarda un instant en silence, puis comme si elle avait voulu domestiquer un chat craintif, elle lui passa une main enjôleuse dans les cheveux.
-Tu sais que tu peux tout me dire.
Elle laissa passer encore un court silence avant de sonder.
-Est-ce que ça à un rapport avec ta carrière ?
Dix-huit mois plus tôt, JDIM Raph avait fini par percer, sous la houlette de Boderle et des autres membres de son équipe. Malgré le peu d’estime qu’il portait à ce type, Jordan lui avait laissé guider sa carrière de jeune espoir de la chanson. Depuis ce premier concert sur la côte normande, jusqu’au plateau de télé du présentateur phare des dimanches après midi, en passant par quelques lignes dans un hebdo spécialisé de la pop anglaise, JDIM Raph avait fini par se faire connaître. De là à dire qu’il s’était fait un nom….. D’autant que comme la plupart des artistes il avait bien évidemment fini par souffrir de la crise du disque. Foutu téléchargement illégal !
Il en était là de sa carrière débutante et balbutiante, quand ELLE l’avait contacté pour lui soumettre l’idée.
-Elle s’appelle Madeleine, lâcha soudain Jordan. Mais je te rassure, elle a plus de cinquante-cinq ans, et il n’est pas question de la moindre relation entre nous, tenta-t-il aussitôt de se justifier.
Jessica laissa échapper un rire franc.
-Mais idiot tu sais bien que je ne suis pas jalouse ! Si tu…
-Je sais, l’interrompit-il, mais je veux que tu saches que notre relation est juste professionnelle.
Il lui raconta qu’il avait vu Madeleine pour la première fois, le matin de son premier concert dans ce petit port de la côte normande.
-Elle était restée assise à la table du petit déjeuner sans prononcer le moindre mot.
Un peu plus tard, elle était encore présente au moment des représentations.
-J’ignorais qui elle était. C’était une élégante femme de couleur, les cheveux tirés en arrière, plutôt jolie encore pour son âge. Plus tard, je veux dire après ce soir là, je ne l’ai pas revue. Puis un matin, alors que je descendais du train qui m’avait ramené de Londres jusque Paris, je l’ai trouvée sur le quai.
-Est-ce qu’elle t’attendait ?, questionna Jessica.
Jordan secoua la tête pour faire signe que oui. A la télé, Christopher Lordman, le quaterback des Seahawks, venait de trouver son receveur après une passe de plus de 37 yards. Touchdown !
-Je venais d’apprendre que les ventes de mon premier album étaient en rade, et Boderle parlait de me laisser tomber. Je devais le rencontrer le lendemain matin.
Madeleine l’avait abordé et ils s’étaient bientôt retrouvés assis à la terrasse d’une brasserie d’une rue adjacente.
-Je ne sais si vous vous souvenez de moi ?, avait-elle interrogé. Je me prénomme Madeleine, et j’ai appris vos déboires avec votre album, et les intentions de Boderle…..
Wester transforma le Field Goal. Deux points supplémentaires pour Seattle.
-J’ai peut-être une idée qui va vous permettre de faire parler de vous et redonner un coup de pouce à votre carrière, avait-elle ajouté.
Elle lui avait alors expliqué que, désormais dans le monde de la musique, il n’y avait pas beaucoup d’alternative pour assurer de bonnes ventes.
-Soit vous sortez une compil' de vos anciens succès…..
Elle lui avait alors donné l’exemple de ce chanteur des années 70, passé dans l’oubli et qui depuis quelques semaines avait de nouveau atteint le sommet des hits parades grâce à son album de duo, sur lequel il avait repris quelques uns de ses tubes de l’époque. Cependant cette première hypothèse ne collait pas avec le profil de Jordan.
-La seconde solution c’est d’être un chanteur….mort !
Jordan l’avait regardé avec incrédulité.
-Un chanteur mort ?, répéta Jessica avec la même incompréhension.
- Laissez-moi m’occuper de tout, avait proposé Madeleine, en portant sa tasse de thé à ses lèvres.
Puis elle lui avait adressé un sourire empli de tendresse.
-Faites-moi confiance !
-Mais vous occuper de quoi ?, avait demandé Jordan.
-De la mise en scène, de l’abattage médiatique fait autour de votre disparition, de la nouvelle promo de votre album.
-Et je deviens quoi moi dans ce scénario ?
-Vous ?, avait-elle souri, et bien vous n’aurez qu’à vous éclipser ! A disparaître assez loin d’ici, dans un pays où personne ne vous reconnaîtra et attendre….
-Attendre quoi ?
Elle porta de nouveau sa tasse à sa bouche.
-Attendre que la sauce monte, que les ventes redécollent, que les fans vous pleurent, que les médias qui aujourd’hui s’éloignent de vous, vous transforme en une icône.
-Et après ?, avait voulu savoir Jordan, avec un rien d’agacement. Car vous ne pensez pas que je vais rester cloitré ainsi toute ma vie, à vivre des fruits d’un seul album, devenu l’hommage posthume d’une génération à un artiste inabouti. Moi ma vie c’est la musique, les concerts, les fans, la création. Ma vocation n’est pas de devenir un chanteur mort !
Madeleine laissa apparaître un sourire serein.
-Ne vous inquiétez pas, une fois l’émotion autour de votre disparition retombée, alors nous entrerons dans la deuxième phase de notre plan…….
Jordan la fixa avec défiance.
-Votre retour ! Imaginez un peu ce que ce serait si aujourd’hui le King revenait. Imaginez les titres des journaux ; « Elvis n’est pas mort ! » Imaginez un peu le tapage autour d’une telle nouvelle !
-Soit, lâcha soudain Jordan, imaginons que j’accepte ! Comment comptez-vous me faire mourir …… ?

 Plummot 15 novembre 2007 Envoie un message à Plummot Voir le profil de Plummot
Jessica était allée se verser une tasse de café. Elle était revenue s’asseoir face à Jordan, tandis qu’à la télé, un écran de pub comblait un nouveau temps mort.
Le jeune homme continuait son récit, apprenant enfin à son amie la vraie raison de sa présence, ici à Seattle.
A l’origine, il avait été question d’un programme de télé-réalité auquel Madeleine avait persuadé Jordan de participer.
- Une sorte de réunion de pseudo-vedettes en mal de notoriété, avait expliqué le jeune homme.
Douze jeunes gens, venus d’horizons aussi divers que ceux du sport, de la politique, de la mode ou encore de la chanson, prêts à relever autant de défis aussi inutiles que stupides pour soi-disant venir en aide à des associations.
- L’épreuve devait durer trois semaines, avait-il poursuivit. Une sorte de raid en haute montagne, constitué d’épreuves d’escalade, de marche, de bivouac ou encore de canyoning et de rafting sur les eaux bouillonnantes des torrents d’altitudes. Tous les trois jours, un test devait déterminer celui ou celle qui devrait quitter le jeu.
Pourtant Madeleine lui avait précisé de ne pas s’en faire. Elle ferait en sorte qu’il passe favorablement l’ensemble des tests de la première semaine.
- Le but était de m’amener jusqu’à l’épreuve de canyoning, avait précisé Jordan. Jusqu’au matin du jour en question je ne savais encore rien de leur plan. Ce n’est que quelques heures avant de prendre le départ de la course qu’un des techniciens est venu m’aborder. Il m’a pris à l’écart et m’a alors discrètement expliqué que sur le parcours, à un endroit où les caméras ne permettraient pas de saisir la scène, je serais pris en charge par deux hommes qui me monteraient dans une jeep et m’emmèneraient. Pour le reste des candidats, puis pour les journalistes ensuite, la thèse d’une noyade suite au passage d’un des endroits critiques du parcours, serait avancée. Des équipes de secours seraient rapidement amenées sur les lieux mais malgré les recherches mon corps resterait introuvable.
« Le jeune chanteur disparu au cours d’un jeu de téléréalité ».
Le plan média suprême !
Une fois dans la jeep, des vêtements secs lui furent proposés. A l’arrière, deux gros sacs de voyage avaient été emplis de fringues. Une enveloppe grise contenant de l’argent liquide et une MasterCard lui fut remis. Plus un téléphone portable, et un billet d’avion pour les Etats-Unis. Le lieu d’embarcation : un aéroport quelque part en Suisse.
Madeleine l’avait appelé un peu avant qu’il ne monte dans l’avion.
- Est-ce que tout s’est parfaitement déroulé ?, l’avait-elle interrogé.
- Visiblement aussi bien que vous l’aviez prévu. En tout cas je ne suis pas mécontent d’être enfin sorti de cette eau glacée !
Madeleine s’était montrée ravie.
- Un de mes collaborateurs vous attendra à votre descente d’avion, avait-elle poursuivit. Il aura la charge de vous emmener jusqu’à votre nouveau chez vous.
Son nouveau chez lui était une spacieuse villa sur les hauteurs de la ville de Seattle, à deux pas de Kerry Park et du lac Washington.
C’est là que depuis six mois, il avait suivi à distance la mise en scène orchestrée par Madeleine prendre forme. Les titres des journaux, les reportages sur sa jeune et prometteuse carrière soudainement brisée, les émissions spéciales, le débat sur les jeux de télé-réalité, tout avait pris une dimension soudainement disproportionnée ! Puis il y avait eu les singles, jusqu’ici ignorés ils étaient en train de devenir les titres les plus téléchargés ; et sur des sites autorisés par-dessus le marché ! Six mois plus tard, il avait dû se rendre à l’évidence, l’idée de Madeleine avait porté ses fruits. La première partie du plan avait fonctionné à merveille. Entre temps il avait rencontré Jessica. Une jeune interprète amoureuse de musique. Madeleine ne s’était manifestée qu’à une seule reprise, une semaine ou deux après son arrivée en ville. Un mail, histoire de savoir si son acclimatation se passait bien, et depuis plus rien. Si dans un premier temps cela n’avait pas posé de problème à Jordan, depuis quelques semaines il avait commencé pourtant à trouver le temps long. S’interrogeant sur l’instant où la deuxième partie du plan viendrait à entrer en vigueur ! Son retour !
Il en était là de ses interrogations, quand, une semaine plus tôt, il avait trouvé une grande enveloppe en papier kraft dans sa boîte aux lettres. Une enveloppe épaisse, postée en France.
Jordan quitta la cuisine et revint un instant plus tard, l’enveloppe en question entre les mains.
- Tu trouveras à l’intérieur l’explication à mon tracas récent, fit-il en la tendant à Jessica.
La jeune femme sembla hésiter. Le trouble qui agitait son petit ami depuis plusieurs jours ne laissait présager rien de bon. Elle glissa pourtant sa main et finit par sortir un journal français, à la une duquel s’affichait une photo de Jordan surplombé d’un titre en caractère gras :
« LE CORPS DU JEUNE CHANTEUR ENFIN RETROUVE ! »





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Mesdames, Mesdemoiselles... est classée dans le genre Psychologie.

Commencée par Raph,
le 02 septembre 2005. L'histoire est composée de 57 participations.

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