Page 2 sur 2
Participations 21 à 25 sur 25 << >>
|
|
|
Mika
|
11 janvier 2010 à 09:59
|
|
|
|
|
-Oh Le sale tricheur ! Tu crois que je t’ai pas vu ? T’en as lancé deux en même temps escroc ! Voleur ! Ce dimanche on ne savait pas quoi faire. Il neige depuis Noël, il fait plus chaud dans le congélateur que dehors et on s’embête furieusement à rester cloîtrés chez nous le week-end ! Dans l’inertie glaciale de ce mois de janvier j’ai donc inventé un passe-temps sympathique. C’est Bébert, grelottant de froid sur la terrasse, qui était de corvée de grattage des vitres du balcon qui m’y a fait penser pendant que je buvais tranquillement mon café chaud dans mon peignoir ce matin de l’autre côté de la fenêtre. Un mélange du suspens haletant d’un jeu de sniper et la rigolade de la traditionnelle boule de neige. Bébert et moi, engoncés dans nos doudounes et après-ski guettons l’ennemi depuis notre balcon au 26ème étage. Encerclés par les forces du mal nous tentons de résister et d’éliminer autant d’adversaires que possible avant que nos munitions ne s’épuisent. -C’est bon calme-toi Eliane ! C’est OK on annule ce coup… En attendant j’ai l’ai quand même eu le concierge. En plein sur le crâne. Regarde ! Y cherche d’où venait ce gros flocon ! J’aurai eu un viseur laser que j’aurai pas mieux fait ! -Pffffrrr ! Bon récapitulons : donc Lara : 25 points… et toi Snake ?... seulement 13 ! Ah ah ! C’est moi qui vais gagner ! -Et pourquoi 25 pts ! Non mais oh ! Tu serais pas en train de me la faire comme au ping-pong ? Bon j’avoue que j’ai tendance à inventer les règles et les barèmes au fur et à mesure… mais bon hein après tout personne n’a déposé de brevet encore ? -Ben non ! 25… J’ai bien compté ! Le tour d’avant j’ai quand même « explosé » le caniche de Madame Lefebvre… et ça c’est max de points mon vieux ! 10 d’un coup héhé !... ça plus les deux passants à 3 points et le policier municipal à 9, le compte est bon ! J’adore ce jeu ! -T’as peut-être oublié que t’as perdu 5 points quand t’as touché le suisse du 11ème ! Ajoutais-je pour enfoncer le clou de ma supériorité tactique. -Et pourquoi j’aurai perdu des points madame ? -C’est neutre un suisse faut pas les toucher… donc paf ! Pénalité ! Grognement du mauvais perdant qui d’un œil noir fait l’inventaire du peu de neige restante sur notre nid d’aigle. -De toute façon on va être obligés de s’arrêter… On va vite être à court de munitions ! Arf ! Coup dur ! Les forces de l’infâme Sauron vont pouvoir nous submerger… Il faut sauver Minas Tirith ! Theoden et les Rohirims arriveront-ils à temps ? Où sont donc les renforts ? -Dis-moi mon Bébert, le voisin du dessus tu le connais bien ?
|
|
|
|
Mika
|
28 janvier 2010 à 11:32
|
|
|
|
|
-Hé ben ma grande ! Qu’est-ce tu fais là ? Pourquoi tu prépares ta valise ? Tu pars ? Bébert vient de débouler dans ma chambre inquiet de ne pas me voire arriver pour le dîner. -Oui Bertrand… Je pars ! Lui réponds-je froidement en continuant à empiler mes gros pulls sur mes petites culottes dans ma valise des grands voyages. J’ai décidé ça ce matin au travail. Je laisse tout tomber… Marre de cette vie morne. Francisco Coloane* m’a séduite et m’amènera loin de tout ça pour m’abandonner sur ce bout de terre isolé et sauvage. La nouvelle Eliane va bientôt naître des cendres de l’ancienne mémère qui jusqu’à présent ne voyageait qu’à travers les fonds d’écrans paradisiaques de son poste de travail. A moi la fraîcheur des embruns et les accents bariolés des lieux perdus ! A moi la découverte d’espaces vierges et de mondes inconnus. Fraîcheur des vents marins. Glaces immaculées et goëlettes élancées fendant les flots noirs du détroit de Magellan. -Tu pars ?... Murmure-t-il abasourdi. Et oui ! Je pars ! Je m’en vais ! Je prends le large !... Hasta la vista ! Adieu écrans ternes et poisson surgelé… -Mais… euuh… Tu vas où ? Tu reviens quand ? -Je ne reviens plus Bertrand ! Telle la baleine à bosse je quitte les eaux chaudes et douillettes pour rejoindre les mers australes et sauvages dans une migration sans retour… Le vaste monde sera mon nouveau chez moi. Fini le cloisonnement des murs de béton et les vitres floues de la salle de gym ! Au revoir le teint blafard du conducteur de bus ! Adieu Mme Lefebvre et son Yorkshire déplumé ! L’homme assommé s’assoit sur la chaise à côté de la porte. Sa bouche silencieuse semble faire des oh et des ah tandis que ses yeux de merlan frit alternent entre ma valise en court de remplissage, mon armoire qui se vide et ma petite personne prête à affronter les rigueurs de l’hiver austral. -Je m’en vais pour de bon ! Direction Punta Arenas… -Puta quoi ? -Punta Arenas, Tierra Del Fuego ! Le cap Horn mon chéri… Je pars au bout du monde recommencer ma vie ! Eh oui ! J’ai décidé de repartir de zéro. D’abandonner ma vie ici-bas pour reconstruire ailleurs. Ca fait longtemps que ça me taraude. Comme une lame de fond qui m’emporte. Des rêves d’évasion et de fuite éperdue. Des rêves que cette fois je vais accomplir pour de bon ! Partir… Laisser derrière moi tout le marasme de cette vie gâchée ! Aller voire ailleurs si l’herbe est plus verte ! -Et tu vas faire quoi là-bas ? Me demande-t-il semblant reprendre un peu d’aplomb. -Je ne sais pas encore… j’improviserai ! L’important c’est d’abord de partir !... Peut-être que je monterai une ferme d’élevage de manchots empereurs !... ou bien je m’engagerai comme cuistot sur le port de Punta Arenas ! Les marins pêcheurs trouveront dans mon rade chaleur et bonne pitance pour réchauffer leurs corps meurtris par la rudesse de ce pays sauvage ! -Les pauvres ! En plus d’avoir les arpions gelés tu veux les empoisonner ? -C’est ça ! Fous-toi de moi ! En attendant c’est moi qui contemplerai bientôt les flots hargneux du détroit une tasse de café mucho caliente pendant que tu toi tu continueras à boire tes bières discount devant « Question pour un Champion » ! Soudainement la mine inquiète de l’ours ébahi s’étiole pour laisser place à un regard brillant de malice. Bébert semble avoir saisi une nuance qui m’échappe… -Tu veux pas attendre deux trois jours avant de partir ma grande ?... Juste deux-trois jours… -Pourquoi ? -Tu n’es pas à deux jours près non ? De toute façon je suis sûr que tu n’as même pas réservé ton billet ! Pas bête la bête ! Il a raison… Je n’ai même encore vérifié si le RER s’arrêtait à Punta arenas! -Ben euuh… J’irais voire demain matin à la gare pour acheter un billet !... Mais pourquoi tu veux que j’attende deux jours ? C’est vrai ça pourquoi il veut me faire me faire attendre lui? -Ben… Ce sera la fin de tes règles ! Vivement la ménopause ! *Auteur Chilien qui a beaucoup écrit sur la Terre de Feu. Pour les amateurs de dépaysements sauvages et rudes… Un de mes préférés !
|
|
|
|
Mika
|
19 mai 2010 à 10:40
|
|
|
|
|
-Hé ben ? T’es pas encore partie ? C’est 10 heures ! -Aaaah cries pas comme toi ça ! Branle-bas de combat dans ma tête. Bébert vient de faire irruption dans ma chambre. Dans l’affolement j’ai du mal à aligner les mots dans le bon sens… En plein sommeil réparateur l’ordure ! -Faudrait peut-être penser à te lever si tu veux aller à Putarenas ma vieille ! Me lance mon tendre et délicat coloc. Actives-toi un peu le mou ! D’un pas décidé il se dirige vers la fenêtre obstruée par l’épais rideau opaque qui plonge la pièce dans une obscurité apaisante. -Nooon ! Fais ça pas !... Pitié ouvres-pas ! Tentative vaine de tirage de couette par-dessus la tête… Pas de couette ! Juste le tapis de sol en guise de couverture avec moi en dessous encore toute vêtue de la veille sur un lit même pas défait. Bon dieu mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire ?... Ah oui ! J’ai bu ! Je reconnais mon haleine des matins douloureux ! A yest !... ça revient ! Hier j’ai voulu fêter ma décision d’évasion et j’ai fait péter le champagne !... C’est ça ! Enfin on va plutôt dire que j’ai fait péter Jack D parce que les petites bulles dorées elles ont pas durer plus longtemps que le premiers bol de cacahuètes ! Résultat : ce matin j’ai les cheveux qui poussent à l’intérieur et l’impression d’avoir mangé dix kilos de coton hydrophile. -Laisses-les fermés j’ten supplie Bébert !... J’ai trop mal aux yeux !... et parles moins fort par pitié ! -Moi je veux bien mais faut te décider ! Le RER pour Putarinas passe dans une demi-heure… Qu’est-ce qu’il me reparle de ça lui ! Il le fait exprès ? Y sait pourtant bien qu’il ne faut pas me chercher un lendemain de cuite ! D’un bon coup de poignet j’arrive à tirer au dessus de mon front le vieux tapis élimé. -Et puis si tu veux plus aller à Putacabras et reprendre ta vie « normale », j’ai aussi téléphoné à ton chef ce matin en lui disant que t’aurais un peu de retard au boulot ! -De quoi ? Qu’est-ce que t’as fait ? Je me redresse soudainement en ouvrant de grands yeux les doigts crispés sur ma couverture de fortune. -Ben j’ai dit à ton boss que tu avais rendez-vous avec ton banquier et que tu n’arriverais qu’à 11h !... J’me doutais bien que Putarribas c’était qu’un délire pré-menstruel ! J’ai eu tort ? L’enfoiré ! L’enfoiré ! L’ENFOIRE !... mais il a pas tort au fond ! L’ours noir des forêt canadiennes est un animal pourvu d’un flair infaillible et surpuissant capable de reconnaître à dix kilomètres les phéromones débilitantes de la femelle en chaleur. -Non… T’as raison ! Merci Beb… J’ai pas le temps de le glorifier que d’un geste brusque il écarte les deux pans du rideau bienfaiteur ! -Aaaah ! Protèges-moi mon dieu ! La lumière printanière de ce matin de mai ensoleillé pénètre la pièce et l’éclabousse soudainement de son hallo(gène ?) blanc et douloureux. Un millier de petites aiguilles chauffées à blancs pénètrent ma cervelle provoquant un torrent de souffrance et paralysant mes pensées sur le souvenir des petites étiquettes dont je m’étais si souvent moquée dans la soirée : « à boire avec modération ». -Dieu n’a rien à voire là dedans ! Faut te lever si tu veux avoir le temps de déjeuner avant d’aller bosser ! L’ours noir des forêts canadiennes est un animal solitaire au caractère difficile et brusque… mais si boucle d’or sait le caresser dans le sens du poil il s’avère vite être de très bonne compagnie malgré son air bourru et asocial. Lors des fins d’hibernation, lorsque la lumière printanière des petits matins vient titiller la forêt endormie l’ours noir peut ainsi faire l’effort, s’il est le premier à sortir de la tanière, d’aller chercher des viennoiseries à la boulangerie du patelin. -Bon ! Je t’ai préparé du café et des croissants ! J’avais planqué un pot de confiture de mûres pour me le garder mais finalement j’ai décidé de t’en faire profiter pour fêter ton non-départ ! L’ours noir des forêts canadiennes est pourvu d’un instinct pointu qui le pousse à prévoir les déplacements anarchiques de vallées en vallées de la femelle désorientée par l’afflux mensuel d’hormones sexuelles. Il sait de même instinctivement quelles baies seront à même de satisfaire l’appétit de la dite femelle encore déboussolée. -Bébert ? Demande-je en m’asseyant sur le lit et en tâtant mon crâne pour voire si rien ne s’est déplacé depuis la veille. -Oui Eliane ? -Je… Je voulais te dire que… que… que je… que j’adore la confiture de mûre ! T’es un amour mon gros ! Vas me servir une tasse de caoua, je me refais une beauté et j’arrive ! Café chaud…Confiture de mûres… sûrement de celles si bonnes que sa moman fait avec amour là-bas au fin fond de la Lozère ! Finalement Punta Arenas c’est peut-être bien que dans les livres !... ou pour les pingouins…
|
|
|
|
Mika
|
13 décembre 2010 à 05:04
|
|
|
|
|
Il y est arrivé… Il a réussi à m’attirer dans sa tanière ! Je me suis faite bernée par le vieux grizzly comme la première oursonne venue, attirée par le miel et les confitures de mûres. Debout devant la fenêtre je contemple la blancheur immaculée de la neige qui recouvre tout. Tout. Y compris le seul chemin qui mène à « la petite maison dans la forêt ». Aligots, fricandeaux, omelettes aux champignons. Saucisse sèche, jambon cru et pâté de campagne… Les richesses étincelantes de la lointaine Lozère dans sa bouche miroitaient comme des diamants ! Ah ! Il n’a pas tari d’éloges sur sa terre natale le bougre ! Dans notre appartement de la grande ville civilisée il m’avait chanté les bienfaits de sa Lozère natale ! Mes yeux en brillaient d’envie. Il avait juste omis quelques détails… Et moi, blasée du ciment gris et des toits tristes de la capitale, émoussée par les gaz d’échappements nocifs et les publicités murales criardes qui piquent les yeux, je me suis faite éblouir de ces promesses de vie sauvage où la nature règne en maîtresse cruelle et indomptable sur des êtres humains réduits à leur plus simple expression de mammifères affamés profitant des générosités extraordinaires de mère nature. Un gratin de pommes de terres aux cèpes avec de la crème fraîche. Une soupe de potiron sauvage. Un bon feu de cheminée le cul coincé dans un vieux rocking-chair les doigts de pieds perdus dans l’épaisse fourrure d’ours délicatement étalée sur le vieux parquets grinçant poli par des générations de petits Béberts en culotte courte… Le pied quoi ! Du moins c’est ce que je m’imaginais ! C’était trop beau pour être vrai ! Et puis il y a eu cette coïncidence. Des congés d’hiver communs ! Déjà j’aurais du flairer le piège… Mais les arômes fumés de la charcutaille ont trompé mon flair infaillible. Je me suis faite avoir et maintenant je suis là, bloquée dans sa tanière jusqu’au dégel. Quand on est parti il faisait beau. Quand on y est arrivé aussi. Froid mais beau ! Les forêts de conifères du Mont Lozère étaient blanchies par le givre et offraient aux touristes citadins de ma trempe un spectacle « nature et découverte » de toute beauté que le béton de la ville ignorerait toujours. La route avait été longue et sinueuse. Mais point de feu rouges ou de bus transportant leur lot de visages ternes et tristes ! Par contre qu’est-ce qu’on a pu croiser comme tracteurs, camions citernes (pour collecter le lait dans les fermes qu’il m’a dit mon chauffeur), paysans à mobylettes et autres ruralités incongrues ! Des « Oh » et des « Ah » ainsi que quelques « beuhhaaah » plus tard (ça tourne l’air de rien) nous sommes arrivés au chalet familial du Bébert. C’était une petite maison de rondins du genre de celles où on imagine facilement vivre un grand barbu en chemise à carreaux vivant avec comme seuls compagnons sa hache et son caribou apprivoisé. Enfin bref : un joli petit chalet sentant la résine perdu au milieu d’une forêt de sapins au vert profond et aux sous-bois obscures. Mais tout ça n’était que promesses ! Du vent ! De la poudreuse aux yeux ! Quand on a débarqué il faisait presque nuit. Et puis surtout il devait faire au moins -20°C ! Et même pas un lampadaire pour nous éclairer. Bébert a du laisser les phares allumés le temps qu’il décharge tout. Moi ? Je suis restée dans la voiture. Trop froid ! Pas habituée ! Je suis une citadine à la peau fine et aux muscles atrophiés ! Après tout c’est lui qui est natif du coin, pas moi ! C’est lui qui a la couenne épaisse et le poil fourni ! En sortant les dernières valises du coffre il m’a dit qu’il allait allumer le groupe électrogène pour qu’on puisse au moins avoir de l’eau chaude dans une ou deux heures. J’ai rien dit. Me suis juste calfeutrée dans mon gros manteau et ai monté le chauffage de la voiture à fond. Salaud. J’ai refusé de sortir de la voiture ! Du moins pas tant qu’un bon feu ne brûlerait pas dans l’âtre et qu’un bon plat typique et surtout bien chaud ne m’attende dans le fauteuil en face de la cheminée salvatrice. Il l’a allumée la cheminée. Quand je suis rentrée dans le chalet il faisait meilleur ! Au moins deux ou trois degrés de plus que dehors… Je suis directe allée m’asseoir devant le feu. Pas de peau de bête. Pas de rocking-chair. Juste un vieux canapé râpé et une table basse bancale poussiéreuse. Au moins je ne perdrai pas mes orteils cette nuit m’étais-je dit en me couvrant du plaid orange que Bébert avait daigné m’apporter. Avec une assiette où nageait une sardine à l’huile et une tranche de corned-beef. « C’est tout ce que j’ai trouvé dans les placards ! Bon ap’ ! Demain matin j’irai faire les courses. » M’avait-il lancé avant d’aller préparer les chambres. Foutues vacances ! Foutue Lozère où même les corbeaux volent à l’envers pour ne pas voire la misère ! Et foutue nuit ! J’ai pas pu fermer l’œil ! Pas assez de bruits. Trop de silence. Et puis toute cette obscurité insondable autour de ce petit chalet perdu au fond des bois ! J’ai eu beau me calfeutrer sous les trois couvertures je sentais le vent froid de dehors siffler entre les troncs des sapins ! Et puis la forêt c’est farci de bêtes sauvages ! Bébert m’a dit sur la route qu’il y avait des sangliers aux défenses coupantes comme des rasoirs dans les bois autour du chalet et que donc fallait pas s’affoler si on entendait du bruit la nuit. Des sangliers ? Et puis des loups et des ours aussi sûrement non ? J’ai flippé en somme. En plus cet abruti de Bébert n’a pas pu s’empêcher une fois qu’on a eu fini de manger de me raconter l’histoire de la bête du Gévaudan ! Cette bête qui il y a trois cent ans a tué et attaqué des centaines de gens. Bêtes qu’on n’a jamais identifiée et qui reste un mystère. « Et c’est où le Gévaudan ? » Que j’ai demandé. « Ici ! » Qu’il m’a répondu en souriant à la lueur des flammes dans la cheminée. J’ai pas dormi. Je guettais le silence extérieur sentant le regard froid et injecté de sang de la bête surveillant notre petite maison de bois. Au petit matin, alors qu’un faible rai de lumière traversant l’entrebâillement du volet de bois Bébert vient me chercher. Je suis déjà réveillée depuis un moment quand mon ours apprivoisé tapote à la porte. « J’arrive Bébert ! » Mais je préfère nettement rester dans le lit bien chaud. Et puis je suis sûre que l’homme va préparer le petit déjeuner en m’attendant ! Allez hop ! Debout ! Bizarrement il fait meilleur ! Ou peut-être est-ce mon corps qui mue pour s’adapter à cet environnement sauvage et cruel ? Je sens d’ailleurs ma peau plus épaisse sous le tissu polaire de mon sous-pull de nuit. Alors que je sors de la chambre revêtue d’une épaisse robe de chambre molletonnée style années soixante dix l’odeur de café chaud me saute aux narines. « Yesss ! Du café ! » Cris-je en trottinant jusqu’à la cuisine. « J’ai bien cru que même ça vous connaissiez pas dans votre cambrousse ! » Sans relever la pique Bébert pose sur moi un regard sombre. « Il a neigé cette nuit ! » Marmonne-t-il avant d’ingurgiter une lampée de liquide noir et fumant. Il est déjà habillé d’une épaisse chemise bleue et d’un gros pantalon gris. Derrière dans le salon le feu brûle encore. Il a même entretenu le feu cette nuit le bonhomme ! Un vrai gentleman ! (ouf c’est pas ma peau qui s’épaissit ! J’aurai toujours le même teint de velours et la douceur de la pêche !) « Ah ouais ? » Me suis-je extasiée en me jetant à la fenêtre pour contempler la blancheur immaculée. J’imagine déjà la poudreuse blanche tapissant le sol noir et les arbre de son coton gelé. Dehors les branches basses des sapins frôlent la masse blanche et froide. Il a même sacrément neigé. La voiture n’est plus qu’un gros monticule comme les tumulus funéraires de peuplades barbares d’antan. On ne voit même plus le chemin. « Au moins60 cm. » Me dit Bébert en reposant sa tasse. C’est au moment où je m’assoit sur la chaise en bois et que je constate la frugalité de la collation (café, sucre en morceau confiture et biscottes) que je comprend l’expression inquiète de mon Bébert. La neige. Le chemin… « Mais comment tu vas faire pour les courses ? » Cris-je en me levant d’un bon pour inspecter le contenu des placards. Café. Boîtes de conserve (petit pois, cassoulet, petits pois, blettes, petits pois). Sucre. Et un vieux paquet de pâtes suspect. « Comment JE vais faire ? JE vais prendre mes skis de fond, mon sac à dos et en avant. L’épicerie est à une heure de marche. JE serai de retour dans trois heures ! Et toi TU n’auras qu’à rester au chaud dans le chalet. La vieille radio doit encore fonctionner.» J’ai oublié de dire qu’évidement il n’y a pas la télé. C’était tellement logique dans ce trou paumé que je ne m’en était même pas aperçue la veille. Donc aujourd’hui je vais tenir compagnie à une vieille radio. Super ! Et puis si les piles sont nazes je pourrais toujours utiliser celle de mon épilateur électrique ! Vu la neige et le froid j’ai tout intérêt à me laisser pousser les poils ! « Alors tu vas me laisser seule ? » Murmure-je en lui faisant des yeux de biche. « Ne tarde pas trop en chemin s’il te plaît. Je ne me sens pas très rassurée au milieu de ces bois. C’est un peu effrayant tout ça ! » Muet le bonhomme enfile écharpe, gants, polaire et sac à dos. Un gros bonnet de laine lui recouvre le crâne. Alors qu’il ouvre la porte en poussant rudement le tas de neige derrière il se tourne vers moi une dernière fois. « Attends-moi ici. Je te demande juste d’entretenir le feu. Et si jamais le générateur s’éteint, il y du gasoil dans l’appentis derrière la maison. Par contre fais gaffe en sortant : aux premières neiges les ours blancs ont tendance à rôder autour de la maison ! » Je ne sais pas trop comment prendre ça !
|
|
|
|
Mika
|
03 octobre 2011 à 19:49
|
|
|
|
|
Je repense à elle. La bête. La bête du Gévaudan. Assise dans le fauteuil en bois face au feu de cheminée qui brûle doucement je lis attentivement les exploits sadiques de ce monstre sanguinaire qui si ça se trouve court encore entre les sapins de la forêt épaisse et inquiétante autour de la maison. Pour information, et ça je le tiens du bouquin que j’ai entre les mains, cette bête attaquait et dévorait essentiellement de jeunes enfants gardant les troupeaux ou des femmes âgées isolées. Je suis âgée, j’ai la quarantaine. Je ne vous dirai pas combien exactement car malgré les apparences je suis une dame ! Et puis surtout je suis isolée… Là toute seule assise dans la petite maison dans la montagne. Abandonnée à la merci de ses griffes acérées, de ses crocs jaunes et de son appétit insatiable de chaire féminine… Une fois Bébert parti seul dans la neige tel le brave esquimau solitaire chasseur de phoque dans les étendues immaculées de sa Lozère hivernale, une fois que sa petite silhouette boudinée dans sa grosse parka jaune fluo eut disparue entre les troncs noirs de la forêt de sapins, j’ai trouvé l’antique bibliothèque qui trônait dans le salon. Vieux bouquins poussiéreux rangés en vrac sur l’étagère ornée de trucs ramassés dans les bois. Cristal de roche, bois de cervidé, grosse boule de feutre gris, faudra d’ailleurs que je demande à Bébert ce que c’est que ce truc, et autres incongruités dont j’ignore l’origine en bonne citadine ! Alors pour tuer le temps et patienter jusqu’au retour du sac plein de victuailles j’ai décidé de bouquiner. Livre sur les champignons. M’intéresse pas. Livre sur l’origine historique de l’aligot et autres recettes traditionnelles. M’en fous. L’aligot je l’achète au rayon surgelé. Livre sur les maquis résistants du Mont Moucher. C’est pas ma tasse de thé. Livre sur les exploits de Caroline et ses amis à la plage. J’ai hésité mais ai estimé que la vue du sable fin, des serviettes de bains et de la mer bleue turquoise me plongeraient de trop dans une déprime malsaine. Livre sur la faune et la flore de la Lozère. Sûrement utile si jamais Bébert ne revient pas, occis et désossé par un ours blanc, et que je me retrouve seule à devoir survivre ici en attendant les secours. Je l’ai mis de côté au cas où. Livre sur la bête du Gévaudan. J’ai choisi celui-là faute de mieux. Et puis je voulais savoir si Bébert m’avait pipeautée ou pas. Il ne m’a pas pipeautée. Elle a bien existée. Les registres de décès de l’époque sont formels. Et elle n’a jamais non plus été vraiment identifiée ! La neige étouffe les bruits. C’est bien connu. Et puis le brouillard aussi. Et comme si j’aimais me sentir seule dans le silence d’une forêt oppressante et dangereuse où court un monstre assoiffé de sang de quadra, cette foutue brume a décidé d’envahir les bois pour noyer un peu plus mon refuge dans un silence lugubre. Debout derrière la vitre, enroulée dans mon plaid orange qui sent le feu de bois, le livre serré contre ma poitrine, je contemple la peur au ventre la neige qui recouvre le chemin. Les traces de Bébert et ses skis de fonds s’éloignent de la maison et se perdent dans les vestiges du sentier qui s’enfonce dans la forêt. Reviens vite Bébert, reviens vite ! Me laisse pas toute seule ici sinon je vais mourir et lorsque le dégel gagnera son combat contre les rudesses de l’hiver lozérien et que peu à peu la végétation de mousses et de lichens percera la croûte de neige, on retrouvera ma dépouille momifiée par le froid prostrée devant une cheminée éteinte… Dehors les troncs noirs aux branches couvertes de neige s’estompent peu à peu dans un brouillard cristallin. Le thermomètre cloué sur le montant extérieur de la fenêtre m’indique que la température chute. Si Bébert ne revient pas d’ici demain et si d’ici là le temps se fait plus clément je prendrai mon courage à deux mains, ma grosse veste polaire et partirai à la recherche de son corps pour lui offrir une sépulture décente. Oui mais non ! Les bêtes sauvages de toute façon se chargeront de faire disparaître ses restes congelés ! Je ferai mieux de rester à l’abri en attendant l’hélico des secours… Bon il fait quoi là ça fait deux heures qu’il est parti ! J’ai refermé le bouquin sur l’affreuse bestiole du Gévaudan. Je n’ai pas envie de faire des cauchemars. Et depuis j’arpente le plancher usé de la cabane attendant fébrilement le retour du Bébert et surtout du sac de bouffe ! Midi approche et j’ai les crocs ! Ce ne sont pas la sardine à l’huile de la veille et les deux biscottes sans sel de ce matin qui vont me permettre de faire le gras nécessaire à la survie dans ce pays de l’extrême ! Engourdie par le froid et la faim je décide d’aller me dégeler les harpions devant la cheminée. Après tout je n’ai pas besoin de rester devant la vitre ! Si quelqu’un, ou quelque chose, arrive, vu le silence alentour, mon ouïe aguerrie et mystérieusement affinée par la peur saura me prévenir de tout danger ! Et puis de toute façon je suis armée ! J’ai trouvé la lourde hache à fendre les bûches et les crânes des « bêtesdugévaudan » ! Et merdeuuuh ! Je constate avec consternation que le dernier morceau de bois que Bébert avait glissé dans l’âtre finit de se consumer en de petites braises rouges. Je n’ai pas fait gaffe pendant mes lectures et paf ! J’ai laissé le feu s’éteindre. Et comme par hasard pas la moindre bûche ou branche morte dans le panier prévu à cet effet. Armée de ma hache je regarde la chaise en bois bien sec de Bébert. Après tout, si les loups ont eu sa peau il n’en aura plus besoin ! et puis le bois est épais, il devrait bien brûler ! Finalement non ! J’épargne le siège de mon ami. On ne sait jamais… s’il survit à l’attaque des sangliers affamés, qu’il retrouve le chemin de la maison et qu’il voit en arrivant qu’il manque des chaises, des lattes du plancher familial ou bien le sommier de son lit il risque de tiquer. Donc telle une concurrente d’un Koh Lanta du pôle Nord je vais devoir sortir dans le blizzard pour chercher du bois et rallumer le feu. La réserve est derrière la maison. Dehors. Waouh ! Y meule sévère ! Un vent glacial vient frapper les quelques centimètres carrés découverts de peau que laisse apparaître l’immonde « cagoule qui gratte vert caca d’oie » dénichée au fond d’un placard. Avant de sortir j’ai enfilé ma combinaison de Ski rouge, mes après skis en moumoute de mammouth, une bonne paire de moufles à pompons et l’hideux couvre-chef précédemment décrit. De mes mains tremblantes de froid et d’appréhension je tiens, comme je le peux, la lourde hache brandie devant moi, prête à tuer la bête qui j’en suis sûre à des vues sur mes cuisseaux savoureux. Mes jambes s’enfoncent dans la neige molle qui craque et grince sous mon poids de jouvencelle. La réserve de bois est derrière la baraque. Il me faut longer les murs de bois. Dans le silence alentour j’ai l’impression d’être aussi discrète qu’un éléphant rouge dans un champ de polystyrène. Je sens les yeux de la forêt lugubre suivre mon calvaire. Je tremble de plus en plus. Une fois devant le tas de bois bien rangé sur deux mètre de haut je comprends enfin que le panier où Bébert pose les bûches à côté de la cheminée n’est pas que décoratif. Il s’en sert aussi pour amener le bois. Car je constate avec effroi que chaque morceau est très gros pour mes petits bras délicats de femme de la ville, et que, si je veux en ramener ne serait-ce qu’un il me faudra lâcher mon arme. Et ça il en hors de question ! Et puis quoi encore ! Je vois déjà les titres dans les journaux : « Les secours retrouvent son corps dévoré. Elle tenait serrée contre elle une bûche… » Non ! Il doit y avoir un autre moyen ! Ayé ! J’ai une idée ! Le haut du tas de bois étant trop élevé pour moi je retire délicatement une bûche du milieu. Le reste du tas se met à grincer et à vaciller mais tient bon. Je la soupèse. Elle est lourde mais devrait faire l’affaire. A la une ! A la deux ! A la trois ! Han ! Je jette la bûche aussi loin que je peux, la hache toujours à portée de main. Yes ! A peu près deux mètres ! J’en choisis une autre de même calibre et réitère l’opération. En les envoyant successivement ainsi devant moi une par une j’arriverai ainsi à avancer jusqu’à la porte tout en gardant précieusement mon arme à proximité. Sécurité oblige ! J’en prends une troisième au milieu du tas qui bouge dangereusement. Ce sera la dernière. Je n’ai pas envie de mourir écrasée sous un tas de bûches. Ce serait trop con ! « Les secours retrouvent son corps dévoré. Elle était coincée sous un tas de bûches écroulé… » D’ailleurs j’ai bien fait de pas insister parce qu’il vient de s’écrouler. Je rejoins donc mes trois bûches enfoncées dans la neige. Bon ! Maintenant faut rentrer. La tâche est harassante. Dans ma combi de ski je suis trempée de sueur malgré le froid ambiant. De petites stalactites de glace me pendent sous les narines et sur les sourcils épilés. Plus qu’une séance de jets et j’arriverai sur la façade côté porte. Alors que je saisis la première bûche un bruit attire mon attention. Ca vient du côté caché par le mur ! Un animal galope silencieusement dans la neige vers moi ! La bête ! Je suis cuite, elle va me bouffer toute crue ! La hache ! La hache… Pas le temps de la ramasser ! Je brandis la bûche en tremblant. Les bruits de course se rapprochent. Je sens déjà le souffle acide du monstre. Ces halètements… Au mon dieu ces halètements ! Elle là ! Elle me veut ! Non Eliane ! Défends ta peau ! Dès que son museau dépasse le coin du chalet tu jettes la bûche et tu lui éclates sa sale gueule de monstre ! Et te loupes pas sinon tu vas finir croquée par la méchante bête du Gévaudan ! La gueule fumante apparaît. Dans un réflexe de survie mon corps se détend comme un élastique trop tendu. La bûche s’envole… J’ai à peine le temps de voire les yeux noirs étincelants de haine, les crocs pointus et menaçants, le petit collier rose autour de son cou massif, que la bûche s’écrase sur sa tête lourdement. Petit collier rose ? La bête couine et disparaît en courant. Je l’ai vaincu. Un sourire de joie de vivre barre mon visage empourpré par l’effort. J’ai vaincu la bête ! Un petit collier rose ? Je n’ai pas le temps de réfléchir plus que j’entends une voix chevrotante s’écrier dans la brume. « Kika ! Kika ! Qu’est-ce qu'il t’arrive ma chienne ? Reviens voire maman… Mais mon dieu… mais tu saignes ! » Kika c’est le labrador de la maman de Bébert. La vieille dame est venue nous rejoindre au chalet mais a du laisser son 4*4 plus loin sur le chemin car un sapin tombé bloque la route. Ce qui explique que je ne l’ai pas entendu arriver. Elle nous amène quelques plats délicieux dont elle a le secret pour qu’on puisse se repaître avant d’aller faire les courses et de s’installer correctement. Et elle ne se déplace jamais sans sa chienne qui venait nous faire la fête. Je suis sauvée. Les secours viennent d’arriver.
|
|
|
Attention: Tu n'es pas identifié, seuls les auteurs peuvent participer.
Je veux m'inscrire maintenant.
Je suis déjà membre, je peux m'identifier en haut de la page.
|
|