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Bluekiss
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15 décembre 2005
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Il était près de sept heures du matin, et le soleil tardait à se lever en cette matinée glaciale du mois de décembre. Je roupillais sur les sièges du wagon métro en direction de Paris. Une journée éprouvante s'annonçait, et je n'avais aucun courage pour l'affronter. J'allais la subir les bras baissés. Le compartiment commençait à se remplir, peu à peu, et la tension des voyageurs montait. J'ouvris les yeux et me mis à les observer. C'était amusant de voir comment cette masse de marmottes se réveillait en se fermant les uns aux autres avec des journaux et des regards vides. Leurs visages tendus se transformèrent en grimaces lorsqu'une odeur de putréfaction sans nom se diffusa dans le wagon, presque se faufila, comme un invité inattendu et désagréable. Ils devenaient laids dans leur dégoût (et moi aussi d'ailleurs...). A la première occasion venue, les passagers affluèrent vers des wagons voisins. Malgré tout, la curiosité me gagnait - mais d'où venait donc cette puanteur insupportable? Parmi ces masques de dégoût, un seul visage restait immuable. C'était LUI. Il se tenait à l'écart des gens, sans attirer l'attention sur lui. Entièrement vêtu de noir, son regard semblait prostré dans un espace inconnu. Il était impossible de déterminer si la puanteur venait directement de lui ou bien c'était lui qui la produisait par un procédé inconnu...
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Wind
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15 décembre 2005
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Malgré la puanteur, son étrangeté me fascinait. J'éprouvais, je ne sais pour quelle raison, une certaine ivresse à plonger mon regard dans le noir de ses vêtements. Un noir profond, si profond qu'on avait l'impression qu'il venait d'un autre monde et qu'il suffirait d'y plonger pour y pénétrer... Mais soudain, je me tirais de mes rêveries, et je m'aperçu qu'il me regardait, d'un regard sombre et glaçant. Je détournais immédiatement mes yeux, à la recherche de quelqu'un sur qui reposer mon attention. Mais il n'y avait personne. Ils étaient tous partis un à un, repoussés par l'odeur. Depuis combien de temps m'observait-il ? Je ne savais plus que faire. J'étais pétrifiée.
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Fleur2yeux
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16 décembre 2005
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Seule, j'étais seule face à ce personnage qui me regardait maintenant avec attention, ses yeux rivés sur les miens. Il me dévisagea pendant un long moment, puis se décida enfin à ouvrir la bouche, mais le son de sa voix ne sortait pas du tout par cette partie du corps qu'il venait de mouvoir mais semblait voyager dans l'air ambiant, comme une plume dans le vent. - Comment vas-tu Nathalie? La stupéfaction dû se lire sur mon visage puisqu'il enchaîna... - N'aie pas peur, on se connait depuis longtemps, tu n'es plus obligée de te lancer dans des formalités comme la timidité... - Je n'ai pas peur de vous puisque je ne vous ai jamais vu, mais dites-moi comment vous connaissez mon nom! - Tu n'as pas changé... toujours fidèle à toi-même... Pendant que nous parlions, l'odeur avait disparue laissant la place à une odeur de marjolaine, qui me rappellait une chose familière que je n'arrivais pas à nommer. Une odeur d'enfance ou alors très lointaine. Quand je fini par remettre le nom sur cette odeur amère, tout autour de moi se mit à vaciller, à tourner autour de cet être maléfique. Le monde tout entier tournait autour de ce même centre de gravitation, sans que personne, hormis moi ne s'en inquiète. Les gens continuaient leur chemin, baillaient, fumaient, se grattaient les fesses pour se dire que tout allait bien du moment où ils pouvaient se gratter en public...
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Eleinad
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16 décembre 2005
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C'est vrai, quand ils ont peur ou simplement troublés, les humains se grattent. C'est fascinant à observer. Surtout dans les transports en commun. Je l'avais suivi depuis sa couche, dans la chapelle du château écroulé et j'avais été heureuse qu'il rencontre Nathalie. C'est un joli prénom pour un guide dans le monde des vivants mais j'étais inquiète. Inquiète, une mouche? Oui, car ils s'étaient tant aimés, désespérément aimés que j'avais peur qu'il fasse des imprudences. Il existe encore tant de façons de nuire à un vampire. Il est si désarmé dans ce monde qui n'est pas le sien. Je devais le protéger car, je l'aime, moi aussi depuis si longtemps et sans espoir. Pour lui, je ne suis qu'une amie.
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Bluekiss
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16 décembre 2005
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Je m'en souvenais à présent. J'en avais assez de souffrir en perdant les gens que j'aimais à travers les décennies, alors je me décidai à entrer dans le Grand Sommeil, dans une ancienne cave de ce qui était jadis un monastère. Mon réveil fut brutal, et de ce fait il effaça la plupart des souvenirs que j'avais. ...Pas plus tard qu'hier soir, je me réveillai dans cette cave moisie et déserte. Tout semblait calme, mais mon cour palpitait d'une soif étrange et inconnue. J'en sortis, en titubant, et j'errais aux alentours comme un fantôme maudit. Des paysages étranges qui ne me disaient rien, des constructions fantasques, tout cela me faisait tourner la tête, tel un cauchemar répétitif. Le fait d'ignorer qui vous êtes et où vous devez aller est assez impressionnant. Je ne sais pas par quelle force j'appris tout ce que je devais savoir sur cette époque, tout ce que je sais, c'est que lorsque le son de sa voix retentit dans mes oreilles, toute l'angoisse s'envola.
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Elektralias
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15 mars 2006
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Je donnais de rapides coups d'oeil autour de moi. Toujours ce wagon, toujours ce vide... - Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que vous m'avez fait ? J'étais... Comment expliquer que j'avais été ailleurs pendant un temps indéfini, un ailleurs dans le temps et l'espace, un voyage si rapide, que seule une foule de sensation m'avait submergée beaucoup plus que des images... - Tu sais ce que je suis n'est-ce pas ? Je regardais à nouveau cette être tout de noir vêtu, si proche et si loin à la fois, étrangement familier tout à coup. Pourtant... - Non, je ne vous connais pas. - Allons donc ! Vivre la nuit pour ne dormir que le jour. Tu as donc tout oublié ? Je n'ai jamais été une noctambule et ce bringueur fanatique ne me disait rien qui vaille jusqu'à ce qu'il relève son visage à la faible clarté d'une accroche de plafonnier. Ce n'est pas tant ses traits qui m'ont surpris, mais plutôt ses dents, celles qui brillaient par leurs blancheurs et leurs pointes accérées. ces deux canines qu'il me présenta dans un sourire : - Pourtant, souviens-toi... tu faisais partie de la famille !
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Bluekiss
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29 avril 2006
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L'odeur du fer...les globules rouges au fond de la gorge...la douleur des migraines des jours de famine... - Non...Je sais pas qui tu peux être. Le membre d'une secte gothique sans doute, ou bien le drogué des nuits parisiennes débarqué de je ne sais quel cimetière. Laisse moi en paix, veux-tu? Son regard hypnotisant ne me lâchait pas d'une semelle. De la passion, comme du gel brûlant, ne me laissait pas soutenir ce regard, dominant et dominé en même temps. Ses yeux noirs stoïques me faisait tourner la tête. - Viens avec moi. Je te montrerai notre mystère à tous. Je voulais crier "non", me débattre, appeler au secours, mais il m'empoigna tel une araignée attrappe sa proie et me fit descendre du métro, doucement. Pauvre petit être paralysé que j'étais, je n'ai pu sortir un mot.
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Wind
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02 juin 2007
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La station était déserte et les nuages si sombres que l'on aurait dit que la nuit était restée accrochée au ciel. Sa main toujours crispée sur mon bras, il me menait le long du quai, sur la gauche, jusqu'à une grille tordue par laquelle il me fit sortir. L'on atterrit sur une bordure d'herbe longeant les rails. L'on continua à longer la voie ferrée un bon bout de temps. Le vent glacé de l'hiver me donnait des frissons. Ou était-ce l'étrangeté de cet homme qui m'emmenait je ne savais où, la contradiction entre la fermeté avec laquelle il serrait mon bras et le calme qu'il semblait afficher ? Il ne disait pas un mot. J'aurais aimé lui demander où il m'emmenait, ne serait-ce que pour me rassurer, mais la parole semblait m'avoir été otée, comme restée dans cette rame de métro dont il m'avait fait sortir si brutalement.
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