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Raph
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04 décembre 2005
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Jérôme était allé pour la première fois en boîte à côté d'Annecy, dans un lieu soit-disant branché, mais à la vérité plutôt débauché, nommé "l'Esclandre". Il avait alors quatorze ans et un appétit de sensations fortes à l'abri de toute prudence, qui l'avait fait fuire le village-vacances où ses parents le croyaient endormi pour gagner seul l'entrée de cette boîte. Après un quart d'heure d'errance parmis les back-rooms et niveaux divers, il avait vu cette fille, Marie-Emma, beauté appartenant au lieu même. Son regard reptilien semblait en dire long sur son caractère et le sourire ne faisait visiblement pas partie de ses habitudes. Et pourtant tous les hommes la convoitaient. Elle avait peut-être 17, 18 ans... Des quadragénaires cravatés lui tournaient autour, vieilles épaves d'un monde eighties où l'argent était un synonyme direct de sex-appeal. Elle s'approcha de Jérôme, le regarda dans les yeux et dit : "déjà essayé l'extasy ?" La vie de Jérôme prit alors un tournant irréversible...
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Telma
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04 décembre 2005
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voyons
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Telma
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04 décembre 2005
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________________________________________________ ________________________________________________ Il n'y eut rien à faire. Les yeux étaient figés vers l'au-delà, les pupilles dilatées, agrandies sur le néant ne retiendraient plus que des larmes de sang. Sous le maquillage les lèvres palissaient déjà et ne seraient bientôt que le souvenir d'un sourire. ________________________________________________
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Telma
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04 décembre 2005
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Elle était là, allongée. Les méandres de son cerveau laissait glisser des fluides qui ne coulaient plus et qui s'enliseraient peu à peu entre des cellules desséchées. Elle avait vingt ans, peut-être moins, oui sans doute ; quelle importance, elle était là ; son corps nu bientôt froid et figé sur ce drap blanc. Elle avait vingt ans. ________________________________________________
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Telma
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04 décembre 2005
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Son poul, entre des doigts, avait battu ; mal, irrégulier mais sous la peau on le sentait ; il y avait de la vie, encore, pas beaucoup mais encore. ________________________________________________
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Telma
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04 décembre 2005
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Elle ne fut photographiée que lorsque son encéphalogramme devint plat. Imaginez cette photo sans couleur, un ton sépia, un ton grisé. Putain de drogue. Après, on lui a fermé les yeux et la bouche aussi. Des organes furent prélevés, vite ; l'hélico attendait déjà ; la famille était d'accord, elle avait signé. J'ai touché sa joue ; elle avait vingt ans, peut-être moins. _______________________________________________________ _______________________________________________________
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Telma
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04 décembre 2005
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C'est rien Angel. Amitiés.
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Angel
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05 décembre 2005
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Kevin Reed est photographe..Il a fait sa renommée mondiale en prenant en photo des ‘no-names’, des monsieurs et madames tout le monde. Il choisissait ses sujets au hasard de ses promenades, cherchant toujours quelque chose de particulier, quelque chose d’unique dans le visage des gens, dans leurs yeux. Il se promenait donc en ce samedi ensoleillé de juillet dans le Vieux-Montréal. Comme à l’habitude, il y avait foule, et se frayer un chemin dans cette marée humaine était un tour de force. Il s’arrêta quelques instants pour regarder les amuseurs publics, et son regard fût tout de suite attiré par la jeune fille qui accompagnait le cracheur de feu. Elle avait les cheveux rouges comme les flammes et ses yeux étaient d’un vert comme on n’en voit peu. Ce qui frappait le plus chez elle, c’était l’absence de réaction, comme si son corps était là, mais son esprit à des kilomètres plus loin. Elle était sourde aux applaudissements de la foule, insensible à la chaleur humide et au smog qui planait sur la ville, regardant fixement devant elle, sans rien voir : ses yeux étaient vides de sens, vides de vie. Voulant la prendre en photo, et assez intrigué par la jeune fille, Kevin s’approcha d’elle et essaya d’attirer son attention. Peine perdue, elle ne réagissait ni au son de sa voix, ni quand il lui mit la main sur l’épaule. Elle continuait de regarder au loin, regard vide mais pupilles dilatées au maximum. C’est Chris (le cracheur de feu) qui s’approcha de Kevin et lui demanda ce qu’il voulait à sa protégée. Kevin lui expliqua qui il était et qu’il voulait la prendre en photo car elle l’intriguait au plus haut point. Chris lui expliqua qu’il l’avait trouvée un soir d’hiver couchée sur un banc. Il l’avait ramenée chez lui, lui avait donné de la nourriture, l’avait questionné sur son âge, sur sa vie mais elle n’avait pas dit un mot. Il l’appellait Jessie, n’ayant aucune idée de sa véritable identité. Ça faisait 6 mois qu’ils étaient ensemble et elle n’avait pas prononcé un seul mot. Il l’avait amené voir un ami psychologue qui lui avait dit qu’elle avait dû souffrir terriblement pour être dans cet état. Il accepta que Kevin la prenne en photo. Deux semaines plus tard, Kevin retourna à la Place Jacques-Cartier pour voir si Chris et la fille s’y trouvait. Chris lui fit un signe de la main, et Kevin alla vers lui. Il lui donna la copie de la revue ‘Les gens de la rue’ sur laquelle figurait Jessie en page frontispice. Chris fondit alors en larmes et lui dit que Jessie était morte la semaine dernière, son coeur ayant cessé de battre. Elle était partie tout doucement, sans bruit, comme elle avait vécue. J’ai finalement retrouvé ses parents, nous avons pleurés ensemble. Kevin, Jessie avait 17 ans et elle est morte d’une surdose de cocaïne. 
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Griffette
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05 décembre 2005
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Si je dessinais mon enfance? elle aurait mon visage d'enfant, figé, inquiet sur la vie, sur l'humanité, les yeux noirs comme des perles que les massacres de la télé arrachent chaque jour, elle aurait les cheveux rouge du sang qui passait dans les veines de ma mère quand elle me les empoignait pour me jeter dans ma chambre.. Mais elle aurait aussi les lèvres rouges, ce rouge de vie, celui de l'amour que l'on poursuit coute que coute, celui des baisers fougueux et vivants qui font tambouriner le coeur, celui des paroles chaudes qui réchauffent les gens autour de soi... Si je dessinais mon enfance, elle serait un peu des autres, beaucoup de moi...noire et rouge.
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