Rengaine
Rengaine
C'est un départ réfléchi d'un jeune homme, qui ne veut garder aucunes traces de son passé. Un dur chemin s'ouvre à lui. Est-il prêt à quitter son confort, sa position, le chemin tracé, pour créer celui qu'il aura décidé?




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 Shanga 09 décembre 2009 à 15:08 Envoie un message à Shanga Voir le profil de Shanga
Parfait, il n'y a plus de soleil, plus de lune, plus d'étoile, personne ne me verra. J'ouvre la porte de ma chambre délicatement, tirant la langue tout ce que je peux pour lui intimer de faire moins de bruit. Le grincement résonne. Ouverte, je la franchis, j'avance et je vais dans la cuisine. Je m'y sens déjà étranger, je suis déjà le malvenu, j'anticipe. Prends un post-it et écris un mot suintant d'amour, du lait qui déborde de la casserole. Ca pue l'hypocrisie mais faut bien, c'est mon rôle et ça servira de réservoir, ça les dispensera des soirées entre coupables, de toute l'angoisse que je cherche, moi.
Mes billets en poche, j'ouvre, passe, et ferme la porte d'entrée. Ma vie est morte, les souvenirs naissent, les remords, eux, apparaissent. Dénué de raison, je me sens exister. Hèle un taxi. Gare de Lyon.
Je ne laisse aucun pourboire une fois devant la gare, j'aurais fait pareil une deuxième et une troisième fois, si j'avais su.
La musique à quatre notes, et l'annonce. Le train échoue au bout de la voie, je composte le billet qui scelle ma décision, et j'y monte.
Presque personne. Une dizaine d'individus, une vingtaine si je compte les autres, ceux qui ne méritent pas même un chiffre. Les coquilles vides d'une vie qui se finira comme elle s'est déroulée dans le silence, dans l'abnégation de soi. Si un seul mérite de vivre, c'est moi. J'ai tout foutu en l'air, je ne veux pas que ça m'arrive.

 Capitaine 11 décembre 2009 à 09:39 Envoie un message à Capitaine Voir le profil de Capitaine
Dans le wagon seconde classe, les arrêts se succèdent et se ressemblent.

Un petit blède totalement désert, un quai en ciment craquelé, un lampadaire dont la lumière orange pâle éclaire à peine la façade de la gare, enfin... si on peut appeler ça une gare, tout juste une maison quasi abandonnée, quatre murs de pierres, une porte et une fenêtre.

Et puis un à deux poilus qui descendent, de chaudes retrouvailles, deux corps qui s'enlacent dans la nuit. Je ne supporte plus ce spectacle, je décide alors de descendre au prochain arrêt.

 Shanga 15 décembre 2009 à 14:54 Envoie un message à Shanga Voir le profil de Shanga
Arrivé là-bas, je prendrais un boulot dans un boui-boui crasseux, un snack mal-famé, avec des porcs mal rasés, puant la Corona à longueur de journée.
Je ne pleure pas sur l'inexorable, je ne mouille pas de larme Papa et Maman je ne couvre pas de gloire la société,non, je vois le gouvernail, je le prends en main, et je sombre moi-même dans l'abysse, sans envie, sans raison, sans but.
C'est la liberté, c'est la merde.
Pourquoi partie? Quelle belle vie! La gâcher? Alors que des enzymes, alors que d'autres en jouiraient? Foutaises.
C'était subtil.
Je marchais dans des pas tracés avant moi, c'était pour moi.La neige ne fondait jamais où je me reposais.
Ni papier, ni crayon, ni plan, rien. Rien d'autre qu'un passeport et une agrafeuse. Je me crée mon monde, bordel, je le fais.Et de l'argent. Encore! Pas d'argent.Juste de quoi être dans la merde.
je m'assoupis, en regardant mes pupilles dans les vitres.
le train arrêté, je descends. L'air est frais, mes poumons en souffrent, mes yeux piquent, mon nez me démange.
Je vais pleurer. C'est une journée parfaite.
Ils ont déjà dû se réveiller, ils ne se rendront compte de mon absence que ce soir.Ils verront le Post-it et peut-être pleureront-ils, peut-être pas.Peut-être qu'ils se rassureront.
Il va revenir, j'en suis sûr.C'est vrai, ils pensaient ça, mais moi, j'avais des remords, des regrets, de l'angoisse, avec une souffrance quoi.J'étais quelqu'un! Maintenant, c'est Monsieur Douleur.
Clochard, futur vieillard merdeux, édenté, imbibé, enfumé, noircit par les mauvaises joies, mais joyeux d'avoir été, d'avoir fait.
Travailler, commencer à zéro, à moins un, partir dans le négatif, plus bas encore. Comme un thermomètre russe, comme un hussard, que ça casse, que le mercure coule, qu'il soit. Que je sois.
Voilà quarante ans que je me chante la même rengaine. Maman est morte de ne pas avoir compris cette envie, ce désir d'exister.





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Rengaine est classée dans le genre Aventure.

Commencée par Shanga,
le 09 décembre 2009. L'histoire est composée de 3 participations.

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  • 2 Auteurs:
Shanga
Shanga 2
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Capitaine 1

Note: 3.5/5 (2 votants)

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