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Linley
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20 janvier 2006
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Personne n'avait encore répondu à cette question, ni même émis dans sa tête l'amorce d'une suggestion qu'un autocar faisait irruption au coin de la rue. -Le bus arrive fit Zaack avec désespoir, on est fichus. Les autres trépignaient à moitié, essayant de réfléchir frénétiquement à la meilleure solution qu'il leur restait. Déjà l'autocar stoppait devant l'arrêt. -Eh bin les mecs, préparez-vous à lui courir derrière, énonça Bob. -Ca va pas la tête?! rétorqua aussitôt Yvan, peu emballé par la perspective. -Pourquoi pas? reprit Zaack en prenant le parti de Bob, c'est un bus de la ville, y a pas trente-six lignes et il va pas bien loin... -Vos gueules! les coupa Steve. Regardez! Jenninks n'avait pas bougé de sa niche, se contentant de fumer tranquillement. Par contre quelqu'un était descendu du bus et s'approchait de lui: Un vieillard qui semblait de la même trempe. D'après la vue qu'ils en avaient de loin, le nouveau venu était un peu plus courtaud et trapu, et d'une mise en général plus soignée, à l'image de sa large moustache qui lui couvrait jusqu'au bas des joues, mieux taillée que la barbe hirsute de son compagnon. Mais malgré cet aspect qui semblait plus avenant au premier abord, la bande eût jurée que cet homme autrefois avait partagé la même vie rude que Jenninks - d'ailleurs le fait qu'ils se fussent donné rendez-vous en ce jour réduisait les doutes à ce sujet. Les deux hommes se saluèrent, d'une solide poignée de mains, sans plus; s'ils étaient peut-être de vieux compagnons d'anciens jours communs, il ne semblait pas pour autant y avoir de grande familiarité entre eux. Ils échangèrent quelques mots - un baragouin muet aux yeux des enfants - et se mirent en route rapidement, marchant côte à côte, Jenninks trimbalant son sac marron tandis que l'autre n'avait aucun bagage. Les deux vieillards s'enfonçaient dans les vieux quartiers de la ville portuaire, suivis à distance par la bande, peu loquace pour l'instant, tout à l'étonnement de ce nouvel arrivant dans l'intrigue. Au détour d'une artère commerçante les garçons s'arrêtèrent net: Plus trace des vieux! Puis ils comprirent: -Ils sont forcément entrés là-bas, fit Yvan en désignant plus loin la baie vitrée d'un établissement dont ils ne pouvaient encore deviner s'il s'agissait d'une boutique ou encore d'un café ou d'une taverne. Ils s'approchèrent avec précaution, longeant les murs de ce côté. -Bordel de Dieu! s'exclama soudain Steve, enlevant les mots de la bouche de ses camarades: Surmontant la vitre sur une bonne partie de sa longueur se trouvait un genre d'enseigne, qui portait en lettres de sang sur fond sombre les mots "Under Jolly Roger", et plus loin, le pavillon fameux, popularisé par les films - un crâne grimaçant au-dessus d'une paire de tibias croisés.
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Plummot
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23 janvier 2006
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Dissimulés derrière un véhicule en stationnement, de l’autre côté de la route, les gamins n’apercevaient que l’opaque rideau sombre qui obstruait une bonne partie de la vitrine de cette boutique à l’intérieur de laquelle Jenninks et son comparse étaient entrés un peu plus tôt. Une terne lueur bleue nuit filtrait au travers de l’étoffe. -Under Jolly Roger ? répéta Bob en déchiffrant avec incrédulité les lettres pourpres de l’enseigne du magasin. Qu’est-ce qui peux bien y avoir là dedans ? -Une boutique de pirates ! -En tout cas moi ça ne me dit rien d’y entrer ! remarqua Yvan. -Pas étonnant ! grommela Zaack en soulevant les épaules. T’as toujours peur de tout ! Yvan lui adressa une grimace, alors qu’à quelques mètres devant eux la porte de la boutique venait de s’ouvrir brusquement. Dans un réflexe, Bob déposa la paume de sa main sur le sommet du crâne de son jeune frère et s’employa à lui faire baisser la tête ! Jenninks s’était planté sur le pas de la porte et baladait à présent son regard de part et d’autre de la rue. Il n’avait pas aperçu les gamins. Après s’être assuré que tout était en ordre il s’engagea enfin sur le trottoir. -Faut le suivre, chuchota Steve. Jenninks avait reprit la direction du port, comme s’il devait rentrer chez lui. -On a qu’à se séparer ! , proposa Bob. Vous, vous allez suivre le vieux et moi j’irai voir ce qui se cache dans cette boutique. Yvan sembla rassurer. Il n’aimait guère ce vieil acariâtre de Jenninks, mais à bien y réfléchir, il préférait pourtant devoir le suivre plutôt que d’avoir à franchir la porte de cet établissement à la façade repoussante. -Mais il reste l’autre vieux à l’intérieur ! , objecta Steve. -Et alors, il ne me connaît pas ! Allons-y il faut faire vite ! Jenninks était déjà à quelques bons mètres de là, marchant les mains dans le dos. -Bon sang ! , s’exclama soudain Zaack, vous avez vu, il n’a plus son sac !!! -Raison de plus pour que je rentre voir ce qu’il en a fait, lâcha Bob. Les gamins convinrent d’un point de rendez vous. -Si à midi je ne suis pas rentré venez me chercher, proposa Bob. Sur quoi, s’assurant de ne pas être vu de Jenninks, il traversa la rue et se planta devant la porte du magasin, tandis que les trois autres se mirent en chasse du vieux marin. Bob poussa la porte en retenant son souffle. Son cœur battait la chamade. L’endroit était sinistre, sombre, humide, et il fallu un petit instant au gamin pour que ses yeux s’habituent à l’obscurité de la pièce. L’écho lointain d’une conversation semblait monter d’une pièce en contrebas. Bob progressa avec méfiance, les mains tendues devant lui, guidé par le seul son sourd et angoissant de ces voix graves. Il s’agissait de voix d’hommes ! Bob atteignit bientôt une porte entrebâillée. Il l’entrouvrit un peu de son pied droit et distingua presque aussitôt un escalier de pierre qui semblait se perdre dans la pénombre d’une cave. Les voix étaient maintenant plus nettes et Bob perçu même quelques bribes de la conversation. -Jenninks……..carte……..pas une minute à perdre…… L’autre homme parla à son tour. -…..les gamins ne devront rien connaître de tout ceci…… Le premier sembla d’accord et appela soudain l’autre par son prénom. Bob n’était pas sûr d’avoir compris. Il descendit quelques marches. -Ok Howard, tout sera prêt ne t’inquiète pas !!! Cette fois il avait parfaitement saisi. Le type avec qui Jenninks était entré tout à l’heure dans la boutique était ce fameux Howard, le marin présent sur le bateau de pêche, le jour du drame !
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Linley
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26 janvier 2006
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Les pensées fusaient dans la tête de Bob. Bien sûr ils avaient tous remarqués tout à l'heure les cheveux roux ternis de l'homme, mais il ne leur était pas même venu à l'idée qu'il pouvait s'agir de Howard, le rouquin de l'histoire de Jenninks; en effet ils s'étaient tous plus ou moins imaginés que celui-ci devait être mort et enterré à l'heure qu'il est. Mais non, il était juste encore plus âgé que Jenninks, peut-être de dix, quinze ans, difficile à dire: ils ne l'avaient vu que de loin et c'était un vieillard encore robuste à la face tannée comme Jenninks. Bob entendait plus distinctement maintenant: -Et pour Jenninks? demanda l'homme encore inconnu à Howard. Celui-ci poussa une sorte de grognement, avant de continuer de sa voix grave assez saisissante: -J'en fais mon affaire. Le moment venu... Cette phrase laissée en suspens était on ne peut plus explicite pour Bob. Ses poils se hérissèrent sur ses bras et il tendit l'oreille, attentif à la réponse de l'autre. Mais il n'y en eût pas; soit cet homme ne voyait pas d'objection au projet de Howard, soit il préférait se taire pour l'instant. -Bon! fit Howard en manière de conclusion, on se retrouve comme prévu. Il était temps pour Bob de s'éclipser: il remonta à pas de loup les quelques marches et franchit la porte juste au moment où il lui semblait ressentir l'ombre allongée du vieux s'approcher du bas de l'escalier. Il traversa précautionneusement la boutique plongée dans la pénombre, et il fut soulagé comme jamais une fois qu'il eut refermé tout doucement derrière lui la porte d'entrée pour se retrouver dans la rue, au soleil. Là, il se réfugia au coin de la rue commerçante, où il y avait des gens, et d'où il pouvait guetter sans être remarqué la sortie normalement imminente du vieil homme. A vrai dire son coeur battait encore très fort: dans leur cave, ils avaient parlé des gamins... et aussi de Jenninks. Soudain Bob se rendit compte qu'il éprouvait si ce n'est de la sympathie, tout du moins une vraie crainte pour la personne du vieux barbu, qui ne se doutait pas de ce qui se tramait dans son dos.
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Plummot
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07 février 2006
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-Mais tu sais bien que les parents nous ont interdit de monter là haut ! , protesta Yvan. Zaack le foudroya des yeux. Cette fois il avait une bonne raison de ne pas les suivre ! Pourtant il allait bien falloir qu’ils désobéissent aux parents. Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois, mais avec Yvan dans les pattes l’affaire risquait d’être plus difficile ! Jenninks avait traversé le village, il était repassé devant le pub, de nouveau sans y accorder la moindre importance, puis il avait tourné au coin de la rue, celle qui débouchait sur la grande esplanade, là même où la plupart des touristes venaient prendre l’air du large en faisant chier leur chien. Les gamins étaient restés à distance raisonnable, toujours assez proche du vieux marin sans pour autant risquer de se faire repérer. De toute manière le bonhomme ne s’était jamais retourné. Il avait marché d’un pas régulier, les mains souvent croisées dans son dos, la tête légèrement penché vers l’avant, le regard vers ses chaussures. Il était passé devant la capitainerie, où un gars en uniforme lui avait fait un signe de la main. Arrivé au bout de l’esplanade, il avait bifurqué à gauche, dans une rue étroite, au pied des falaises, puis il avait emprunté ce petit chemin au sein duquel Yvan refusé maintenant de s’aventurer. -Maman a dit que c’était trop dangereux, insista-t-il, à cause de la falaise qui s’éboule. Il arrivait en effet fréquemment que d’imposants blocs se détachent, se cassant en mille morceaux au gré de leur chute, pour finir par se noyer dans l’océan. Et une petite pancarte annonçait le danger en mettant en garde d’éventuels promeneurs désireux de s’approcher trop près du bord. C’est pourquoi les parents des gamins leur avaient clairement interdit la fréquentation de tels lieux sans être accompagné ! -Tant pis ! décida finalement Zaack, tandis que Jenninks continuait de grimper. Ça ne doit pas être aussi dangereux que ça, et puis nous ferons attention ! -En plus on pourra toujours dire qu’on était accompagnés ! lança Steve. Par le vieux Jenninks ! Zaack approuva et s’engagea aussitôt sur le chemin. Steve lui emboîta le pas, puis Yvan, à contrecœur. Ils progressèrent au milieu d’herbes hautes, avalant avec difficulté une pente généreuse. De temps à autres, de longs rondins de bois avaient été couchés au milieu du passage pour former une sorte de palier. Une grosse marche qu’ils avalaient en deux enjambées. Au fur et à mesure qu’ils grimpaient, le vent semblait plus soutenu. De majestueux goélands au plumage immaculé se laissaient portés par les courants aériens en braillant des cris perçants. Quand ils atteignirent enfin le sommet, le village n’était plus formé que de minuscules petites maisons miniatures. La vue était superbe. Les courants marins donnaient à l’océan de multiples teintes bleutées. -Où est-ce qu’il peut bien aller ? interrogea Steve, hors d’haleine. Jenninks avait à présent dépassé l’imposante statue de la Vierge blanche, dressée sur son socle de granite et dirigée vers le large. Une sorte de phare spirituel pour les marins en quelque sorte. Le vieil homme longeait à présent le bord de la falaise, où les mêmes petits écriteaux qu’au pied de chemin continuaient d’avertir du risque d’éboulement. -On dirait qu’il va vers la cabane lança Zaack. Une grosse centaine de mètres après la Vierge, une vielle cabane en bois semblait avoir résister à toutes les tempêtes. Jenninks avait disparu à l’intérieur. Les gamins gagnèrent la statue, puis s’aventurèrent encore un peu plus loin. Le vent était violent et ralentissait leur progression. -On va passer par derrière ! fit Zaack, entraînant dans son sillage ses deux compagnons. Une dernière course à découvert, le dos légèrement courbé, pour mieux pénétrer dans le vent sans doute, mais aussi parce qu’ils avaient vu faire ça dans les films de guerre, et ils se retrouvèrent derrière la cabane ! Ils y trouvèrent une étroite fenêtre, assez haute. Steve s’approcha, se dressa sur la pointe de ses pieds et tenta lentement de porter son regard à l’intérieur. -Qu’est-ce que tu vois ? interrogea Zaack avec curiosité. Au moment même où il allait répondre, la voix grave et menaçante du vieux Jenninks se fît entendre. Il était planté derrière eux, un fusil à la main. -Je savais bien que vous alliez me suivre, bandes de petits fouineurs !!!
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Linley
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02 mars 2006
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-Merde, c'est lui qui a le sac maintenant! La porte s'était ouverte et Howard était apparu, jetant de chaque côté les mêmes regards suspicieux que Jenninks tout à l'heure. Il tenait à la main le sac marron. Bob, qui se tenait tout de même à découvert au coin de la rue, se mit instinctivement en mouvement parmi les gens qui marchaient. Il ne fallait pas se fier à la vieillesse et qui sait si ce vieux-là, avec son regard réduit à deux fentes n'avait pas déjà gravé dans son crâne une photographie de tout ce qu'il avait aperçu en un coup d'oeil. Mieux valait marcher l'air de rien plutôt que de faire deux pas en arrière pour se cacher. Bob alla se planter un peu plus loin devant la vitrine d'une boutique, l'air aussi naturel que possible, attendant anxieusement que Howard le dépasse, pour qu'il puisse le suivre. Ne pas regarder en arrière et attendre, voilà ce qu'il convenait de faire, et il se contenta de laisser ses yeux fureter sur les objets exposés derrière la vitre, que dans sa fièvre il parcourait sans même les voir. Mais c'est ce qu'il vit "sur" la vitre, qui le fit tressaillir et fit bondir son coeur dans sa poitrine: C'était le reflet d'une forme qui s'approchait derrière lui, la silouette d'un homme tenant un sac dans sa main. Il se rendit alors seulement compte que la boutique devant laquelle il se trouvait était un magasin d'antiquités, et qu'il était en train de faire semblant d'être plongé dans la contemplation de vieux boutons de porte et de heurtoirs surannés. Le vieillard robuste, aux favoris et à la moustache cuivrés, vint se placer à son côté. Bob était pétrifié, osant à peine respirer. Au prix d'un effort terrible il tourna la tête vers le vieil homme, afin de ne rien laisser paraître. Celui-ci regardait tranquillement les articles disposés sur les présentoirs; puis à son tour il tourna la tête pour considérer le jeune garçon. Il avait un drôle d'air amusé sur son visage tanné. -Alors gamin? On croque le marmot? fit-il de sa grosse voix grave avant d'émettre un bref rire qui tenait autant du rire que du grognement. -P...Pardon m'sieur? bégaya Bob. Le vieux désigna d'un mouvement de menton les objets dans la vitrine: -Ces figures sculptées pour cogner aux portes, gamin! On appelle ça des marmots, pardieu! Bob ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, mais rien ne sortit. Déjà Howard enchaînait: -Y en reste pas mal dans c'te ville. Ça plait à ces troupeaux de chieurs de touristes. Ma parole! J'aime mieux ça que les sonnettes d'aujourd'hui, qui nous vrillent les esgourdes! Bob montra un sourire crispé et hocha la tête pour approuver les paroles du vieux. Celui-ci émit à nouveau son bref rire-grognement, la mine satisfaite, et donna une rude tape dans le dos du garçon avant de s'en aller. Bon Dieu! s'exclama Bob intérieurement, encore tout tremblant. Il était incapable de dire si dans les paroles du vieux il y avait eu une note d'ironie trahissant ses soupçons, ou si ce qui venait de se passer était juste une manifestation ordinaire du caractère du vieillard. Il lui avait quand même fichu une sacrée chair de poule, en dépit de l'extravagance de ce qu'il avait raconté - avec sa voix surtout, caverneuse et lourde comme celle d'un mort. Il avait aussi une dent en or quelque part dans sa bouche, dont Bob avait entrevu l'éclat comme il ricanait, et le garçon eut un nouveau frisson à cette évocation. Bon Dieu! se dit Bob, tout à l'heure il discutait de régler son compte à Jenninks, et un instant après il vient rigoler avec moi! Il regardait Howard s'éloigner, parmi les autres gens dans la rue, trimballant tranquillement son sac sous le soleil; il suivait pour le moment le même itinéraire qu'à l'aller. Une fois qu'il eut disparu au détour d'un coude, Bob se mit en route sans hésitation. S'agit d'être prudent, maintenant qu'il m'a vu! se dit-il. C'était pas simple et risqué de le suivre comme ça: Il fallait impérativement laisser une grande distance entre eux pour ne pas qu'il l'aperçoive au cas où il se retournerait brusquement, et comme il y avait beaucoup de virages Bob avait peur de se retrouver d'un seul coup nez à nez avec le vieux rouquin qui l'attendrait. Pour l'instant il semblait prendre le même chemin que tout à l'heure... En fait le garçon redoutait presque qu'Howard se contente de reprendre le bus pour retourner d'où il était venu. ... La dernière rue pavée, qui débouchait sur l'avenue avec à gauche l'arrêt de bus plus loin en contre-bas. Avec appréhension, Bob passa d'abord la tête, pour jeter un oeil... et son coeur s'emballa une nouvelle fois: Non, là-bas le vieux semblait avoir encore des projets avant de reprendre l'autocar.
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Plummot
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06 mars 2006
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Yvan avait laissé échapper un petit cri de terreur et s’était précipité derrière Zaack. Le vieux marin était là devant eux, menaçant et solidement planté sur ses jambes malgré les rafales de vent qui ébranlait le canon de son fusil. Il agita ce dernier d’un geste brusque pour faire signe aux gamins de se mettre en mouvement. -Allez tout le monde à l’intérieur ! , ordonna-t-il d’un ton mauvais. Les gamins obéirent aussitôt. C’est Steve qui passa le premier juste devant le fusil du vieux Jenninks qui continuait de le tenir en respect. Zaack, flanqué d’Yvan lui emboîta le pas. -Allez plus vite que ça ! Ils contournèrent la cabane jusqu’à en atteindre l’unique porte. L’intérieur du baraquement était sombre, et refoulait une écoeurante odeur d’humidité. Sûr que l’endroit n’avait pas dut prendre l’air depuis un bon moment. Il n’y avait pas beaucoup de mobilier, tout juste une petite et rectangulaire table en bois vermoulu, sous laquelle se logeait une chaise, dont la paille commençait à s’effilocher. Dans un coin de la pièce, condamnant tout un pan de mur, s’élevait une haute et rustique armoire en bois foncé. Il y avait aussi un lit, couvert de draps aussi froissés que crasseux. La porte claqua soudain dans un bruit sec quand Jenninks la repoussa violemment avec son pied. Steve sursauta ! -Qu’est-ce que vous allez nous faire ? , s’inquiéta Zaack d’une petite voie mal assurée, tandis que toujours agrippé à son dos, Yvan s’était mis à chialer. -Pardi ! Ce qu’on fait toujours avec une bande de petits vauriens de votre espèce ! Jenninks se dirigea vers la fenêtre d’où un instant plus tôt Steve avait essayé d’apercevoir l’intérieur de cette satané cabane. Avec méfiance, le vieux bonhomme abandonna son fusil contre le mur. -Ne vous avisez pas de tenter quelque chose ! , les mit-il en garde. J’suis peut-être plus très jeune, mais j’ai encore de bons réflexes ! Il souleva le couvercle d’une grosse malle posée sous la fenêtre. Il fourragea à l’intérieur et soudain la malle sembla mystérieusement s’éventrer. Chacune des parois du meuble s’était affalée pour laisser apparaître un trou béant dans le parquet. La malle n’avait pas de fond !!! D’ailleurs il ne s’agissait pas d’une malle !!! « Un passage secret !!! » Un passage secret débouchant sur une série de marches qui disparaissaient dans le sous-sol !!! Jenninks agrippa son fusil et menaça de nouveau les gamins ! -Vous allez descendre là-dedans ! , maugréa-t-il. Les gamins hésitèrent. Steve planta ses yeux dans ceux de Zaack et y observa la même angoisse que celle qui l’envahissait. -Allez bon sang, qu’est-ce que vous attendez ? , s’énerva le vieillard, que je vous y pousse à grands coups de pieds dans le cul !!! -Où est-ce que ça mène ? , sonda Steve. -Tu le sauras bien assez tôt gamin ! Allez !!! Et il agita aussitôt son fusil d’un geste brusque pour signifier aux gamins de lui obéir sans discuter !!! C’est Steve qui passa le premier. L’endroit était lugubre et humide, encore plus que l’intérieur de cette fichue cabane. Le tunnel semblait avoir été creusé dans la craie de la falaise. Il était étroit, la pente raide et les marche mal dessinées. Steve rata de tomber à plusieurs reprises. -Allez plus vite que ça ! , ordonna Jenninks d’une voix qui résonna dans un écho improbable. Encore une bonne trentaine de marches et les gamins débouchèrent bientôt dans une sorte de cavité. Une sorte de petite grotte aux murs couverts de mousse ! Le remous des vagues quelque part en contrebas se faisait maintenant à chaque instant plus précis !
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Linley
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13 avril 2006
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Le soleil chauffait agréablement le port où régnait l'activité des pêcheurs. Quelques gamins bien plus jeunes encore que Bob observaient les bateaux depuis des bittes d'amarrage qu'ils s'étaient choisies commes sièges; quelques fois ils en étaient chassés et allaient s'installer sur les suivantes. Bob observait tout ça depuis le bord de route qui dominait la vue de quelques mètres; à cet endroit cela formait comme un rempart vers la ville, et le garçon se trouvait sous un des arbres qui bordaient la route à intervalles réguliers, derrière la rambarde. Il épiait Howard qui se trouvait là-bas en dessous de lui. Le vieux, comme les gamins plus loin observait les bateaux et les hommes. Il s'était choisi un banc et cela faisait un bon moment qu'il y avait posé les fesses, fumant d'une main et tenant le sac de l'autre. Bob ne comprenait carrément rien à ce qu'il fabriquait. Alors que le temps pressait, comme il leur avait entendu dire au cours de leur conversation dans la cave de la boutique, Howard s'était permis d'aller faire un tour aux halles avant de venir se planter ici à rien faire. "Sûrement qu'il attend quelqu'un... c'est pas possible autrement!" s'était déjà dit Bob. Quand même! Il avait pas regardé sa montre une seule fois! Bob jeta un oeil à la sienne et reporta vivement son attention sur le vieux. Il y avait encore du temps avant midi mais l'heure avançait tout de même. Puis soudain Howard se planta sur ses jambes comme un ressort rouillé qui se serait subitement actionné. Bob sursauta, surpris par la vigueur du vieux qui s'était relevé comme un diable s'échappant de sa boîte, et le garçon préféra se cacher derrière le tronc d'arbre pour ne prendre aucun risque. Il suivit le regard du vieil et massif Howard qui semblait fulminer intérieurement. Vers lui s'avançait un grand type dégingandé qui avait tout l'air d'être un pêcheur. Le nouveau venu portait une chemise à manches courtes en dessous de cet espèce de gilet que Bob avait souvent vu sur le dos des pêcheurs, et il écartait ses bras exagérément longs d'un air benêt comme pour s'excuser auprès d'Howard. Celui-ci se mit à l'imiter d'un air moqueur et coléreux avant de pointer un index menaçant devant sa trogne. Le grand type un peu nigaud, qui devait avoir dans les trente ans, essayait de s'expliquer mais son interlocuteur le faisait taire net avec sa voix autoritaire qui tempêtait. Quelques mots parvinrent aux oreilles de Bob: "Tu fais exprès ma parole!... T'as une bonne biture sur ton raffiot?... De la longueur de chaîne bougre d'âne!..." Mais rapidement Howard se calma en regardant autour de lui et en se rendant compte qu'il risquait d'attirer l'attention générale en continuant de beugler de la sorte. Finalement les deux hommes entreprirent de longer les débarcadères pour se rendre sur un ponton distant, et grimpèrent à bord d'un vieux bateau de pêche à cabine qui avait connu des jours meilleurs. Bob, qui les avait suivi depuis son promontoire tant qu'il avait pu sans être repérable, essaya de discerner le nom de l'embarcation mais en vain. Bientôt le moteur partit et le grand dadais prit la barre pour s'éloigner vers le large. "Merde!", s'exclama Bob, qui voyait sa filature tourner court. Puis il reprit espoir: le raffiot semblait filer droit vers l'est - S'il piquait un sprint jusqu'à l'esplanade, il pourrait peut-être l'observer avec les jumelles du bord de mer. "Sitôt pensé, sitôt exécuté!", et il se mit en route. Certes le sprint ne dura pas aussi longtemps qu'escompté mais c'était tout de même un bel effort physique qu'il avait fourni; sur l'esplanade il dut zigzaguer entre les touristes qui venaient admirer la vue avant de choisir un restaurant. Evidemment Bob se rappela qu'il n'avait aucune pièce à glisser dans ces fichues jumelles: Bordel! Mais il se rendit compte qu'on pouvait quand même apercevoir le bateau, là-bas, se détachant sur le bleu scintillant. Il avait même l'impression de distinguer les grands bras du compagnon d'Howard qui étreignaient la barre sur le pont au dessus de la cabine. Pas de doute, le raffiot ne partait pas au large mais longeait bel et bien la côte. Et ça voulait dire que le vieux savait exactement où il voulait aller, et que c'était peut-être pas trop loin... De toute façon, Bob ferait tout son possible pour en avoir le coeur net: Il essuya la sueur sur son front avec décision, reprit sa course et s'engagea bientôt au travers d'une petite rue puis sur le chemin qui menait au faîte des falaises, d'où il pourrait normalement poursuivre à distance sa "filature" du vieil Howard. En commençant à grimper la pente accidentée, il aperçut un panneau qui prévenait des risques d'éboulements. Il eut un sourire: "Heureusement que j'ai pas Yvan dans les pattes!"
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Plummot
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24 avril 2006
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La lourde porte métallique que le vieux Jenninks avait refermée sur lui avant de remonter vers la cabane ne bougerait pas d’un poil. Zaack et Steve s’y étaient maintenant résignés. Ils s’étaient acharnés dessus pendant un bon moment ---- coups de pieds, coups de poings, coups d’épaules…. --- sans parvenir à entrevoir le moindre espoir de la faire céder. Même Yvan, entre deux sanglots était venu leur prêter mains fortes, mais rien à faire ! Les trois gamins étaient pris au piège, et là en contre bas l’eau ne cessait de monter. Encore un peu et elle envahirait bientôt les lieux. D’ailleurs en se fracassant contre la falaise, les vagues commençaient à éclabousser la grotte. De grosses gouttes d’écumes laiteuses, tombant avec fracas ! -Et dire que ma mère vient de refuser que j’aie un téléphone portable, regretta Zaack. Elle pense qu’à mon âge on n’a pas besoin de ces choses là…. -La même chose pour moi, renchérit Steve du même air désabusé. Au moins on aurait pu joindre Bob….. -Sûr ! Car il y a peu de chances qu’il pense à nous chercher jusqu’ici ! Au même instant l’adolescent venait d’atteindre l’imposant socle en granite qui supportait la statue d’une Vierge. Il y fit une pause, histoire de reprendre son souffle. Tout au long de son ascension Bob n’avait pas quitté des yeux l’embarcation de Howard. Le frêle esquif avait longé la falaise, puis soudain s’était immobilisé au milieu de l’écume blanchâtre de la mer agitée. Une bonne minute sans bouger, puis soudain il y avait eu un vif éclat lumineux, et un second juste après, comme des signaux de détresse, orientés vers la falaise. Bob avait continué de grimper les marches, sans comprendre ce que pouvait signifier tout ceci. D’autant que depuis qu’il avait enfin atteint le sommet, plus rien n’avait bougé. Le bateau était resté immobile, seulement ballotté par une houle généreuse, et les éclairs ne s’étaient pas répétés. Pourtant soudain quelque chose s’agita. Ou plutôt quelqu’un, sorti là bas de cette cabane en bois, plantée au milieu de la falaise, offerte aux bourrasques. Bob ne mit pas longtemps à reconnaître la vieille carcasse décharnée de Jenninks. Le vieux matelot se planta face à la mer et agita son bras droit comme s’il avait été sur le quai d’une gare en train de dire adieu à un proche. Sa main renfermait une lampe torche. En réponse, un nouvel éclair jaillit du bateau presque aussitôt, puis un autre, plus long et enfin un dernier. Cette fois, il n’y avait plus de doute, tout ceci ressemblait à un code. D’ailleurs, le rafiot remit soudain les gaz et traça de nouveau sa route. Jenninks en fit autant, longeant le bord de la falaise, en laissant la cabane d’où il avait surgit dans son dos. Bob songea à Zaack, Steve et Yvan. S’ils avaient suivi le vieux Jenninks jusqu’ici, ils devaient être eux aussi dans les parages. Pourtant, tandis que le marin continuait de s’éloigner, il ne vit personne montrer le bout de son nez. Le gamin scruta de nouveau le large. Au fur et à mesure qu’elle progressait, l’embarcation de Howard semblait s’approcher un peu plus encore de la côte. Jenninks et le marin rouquin ne tarderaient sûrement pas à se rejoindre. Bob trotta jusqu'à la cabane. Avec précaution il tourna la poignée et la porte s’ouvrit. L’intérieur était sombre et lugubre, avec une fichue odeur de moisi qui lui sauta aux narines ! Il y avait là, une chaise, une table, un lit, et une grande armoire. Une sorte de grosse malle, plantée sous l’unique fenêtre de la pièce attira sans qu’il comprenne pourquoi son attention. Mais au final, rien ne laissait supposer que ses compagnons aient fréquenté cette cabane à un moment ou à un autre. Il décida donc de refermer la porte et de se lancer sur les traces de Jenninks ! Celui-ci marcha pendant deux bons kilomètres, avant d’atteindre une sorte de petite crypte. A cet endroit la falaise semblait replonger dans la mer. D’abord d’une pente modeste, qu’un sentier étroit permettait de suivre, puis ensuite plus abruptement. Avec ce brin d’agilité qui continuait de l’habiter, Jenninks emprunta le chemin escarpé puis soudain s’immobilisa, juste avant que la falaise ne tombe à pic, et que le sentier ne soit plus praticable. Le vieux matelot s’accroupit et sembla fourrager au milieu des herbes hautes. Bob était resté en arrière, aussi discret que possible, tapi derrière un rocher. Avec étonnement, il vit bientôt Jenninks manipuler une échelle de corde qu’il déroula à ses pieds avant de la balancer dans le vide. De sa position, l’adolescent ne parvenait plus à apercevoir le bateau de Howard. Pourtant il devina que cette échelle lancée le long de la paroi blanchâtre de la falaise devait probablement lui être destiné. Et l’un des deux occupants ne tarderait sûrement pas à l’emprunter. Mais pour aller où ?
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Linley
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02 juin 2006
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Bob fut saisi d'un frisson - causé rien que par le froid, se dit-il. Il promena son regard en une seconde sur la voûte du ciel, qui s'était obscurcie. Le vent dans cette ombre nouvelle paraissait d'autant plus glacial. Il voulut se remémorer le soleil, qui était encore là un instant auparavant lui semblait-il, mais il ne vit que des nuages sombres, encore épars pourtant, qui semblaient s'être précipités ici à propos pour accompagner l'océan subitement capricieux et agité; le phare que l'on apercevait tout là-bas au milieu des flots agrémentait joliment le paysage. Jenninks se penchait sur le vide par-delà l'abrupt sentier, il cria quelque chose, mais le vent n'apporta aux oreilles de Bob qu'une rumeur indécise. Il se penchait encore - un moment le garçon crut que le vieillard allait lui-même emprunter l'échelle, ou peut-être déraper, et tomber... mais il se contenta de crier une nouvelle fois, puis il se redressa. Bob, derrière son rocher réfléchissait, et il prit la décision de rebrousser chemin au plus vite tant qu'il en avait la possibilité. Jenninks attendait que quelqu'un grimpe le rejoindre, l'un des deux ou peut-etre même les deux, et alors où pourraient-ils aller sinon retourner vers la cabane - du moins le garçon ne voyait pas d'autre possibilité, même s'il ne comprenait pas dans ce cas pourquoi ils avaient pris le bateau. De toute façon, il lui fallait retourner en arrière, car quelque chose clochait. Il n'avait pas rencontré Steve, Yvan et Zaack alors que ceux-ci avaient pourtant dû suivre Jenninks. Il était bien plus de midi à présent, l'heure du rendez-vous était dépassée, mais peu importait, puisqu'ils auraient dû tous se retrouver ici-même, sur la falaise. Bob essayait de réfléchir à tout ça en se dirigeant à toute allure vers la cabane, progressant toutefois prudemment, veillant à ne pas se faire remarquer du vieux, là-bas, au bord du précipice ; mais Jenninks demeurait décidément tourné vers l'un de ses companons qui à coup sûr était en train de grimper à l'échelle de corde. Que déduire de la situation présente ? Il se creusait la tête, mais ne parvenait pas à voir plus loin. Le vieux Jenninks n'avait tout de même pas pu les attraper et les jeter du haut de la falaise! Bob s'imagina le vieillard agrippant Steve et Zaack et les balançant dans le vide avant de se retourner vers Yvan qui n'aurait pas eu les couilles de s'enfuir. Ou peut-être le vieux les avait-il attachés et planqués dans l'armoire de la cabane. Bob trébucha et s'allongea de tout son long, s'ouvrant un genou sur les cailloux à même le sable. - Quel con !!! s'exclama-il. Il remua la poussière du pied pour masquer les taches de son sang qui maculaient le sol. Il pensa à autre chose : peut-être que ses camarades n'avaient pas suivi Jenninks jusqu'ici et qu'ils se trouvaient simplement en train de l'attendre à la maison. La cabane était proche maintenant, et il pouvait courir à son aise, Jenninks ne pouvant plus l'apercevoir de tout là-bas. Bob porta la main à son portable, dans sa poche, avant de se raviser. S'il téléphonait et que Steve, Zaack et Yvan n'étaient pas à la maison, il aurait bien du mal à s'expliquer avec les parents qui devaient les attendre. Il préféra revisiter d'abord la cabane. Avant d'entrer il frotta son T-shirt et son short long pour en retirer la poussière due à sa chute ; le sang séchait déjà sur sa jambe. Il poussa à nouveau la porte, et se dirigea fermement vers l'armoire. Il dut tirer avec force le battant pour l'ouvrir bien qu'elle ne fut pas fermée à clef. Un fusil se trouvait à l'intérieur, posé sur de vieux cartons sales, mais étrangement Bob accuellit cela sans une once de surprise. Il se retourna vers la grosse malle qui tout à l'heure l'avait intrigué, et s'en approcha, essuyant son visage maculé de terre et de sueur. A cet instant le soleil dut percer à nouveau les nuages, car plus de lumière afflua par la fenêtre. Un éclair d'évidence jaillit dans son esprit tandis qu'il regardait cette malle posée par terre...
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Plummot
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08 juin 2006
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Jenninks avait jeté l’échelle de corde comme prévu, et celle-ci s’était balancée un bon moment dans le vide avant que Ross ne puisse l’attraper. L’accostage avait été difficile, presque même dangereux, et il avait fallu toute la dextérité de ce vieux bougre d’Howard pour éviter le pire, que la houle envoie l’embarcation sur les rochers ! Le vieux marin avait regardé son jeune compère évoluer le long de la paroi, et n’avait put s’empêcher de repenser à Douglas, le père du garçon. La même agilité, la même force ! Ross atteignit rapidement la grotte et progressa dans cette cavité étroite, le dos voûté, la tête rentrée dans les épaules. Le coffre métallique était à sa place. Pas étonnant ! Qui aurait pu venir le dénicher ici ? Il passa sa main droite dans le col de sa chemise et dégagea une chaîne qui lui ornait le cou et au bout de laquelle pendait une clé. Ross glissa celle-ci dans la serrure du coffre et bientôt il souleva le couvercle. Il s’empara d’une enveloppe en papier kraft. Au même instant, Zaack se leva d’un bond. Il venait d’entendre du bruit. Là, derrière cette fichue porte qui les retenait prisonniers ! Il traversa la grotte en pataugeant dans cette eau qui ne cessait de monter. A présent cinq bons centimètres devaient recouvrir le sol. Yvan avait les pieds trempés, et s’il n’était pas aussi certain de bientôt devoir périr, il aurait parié attraper un bon rhume avant le lendemain matin. Lui qui était d’une santé si fragile ! -Y’a quelqu’un, j’en suis sûr ! , s’excita soudain Zaack avec détermination en se fichant derrière la lourde porte. Steve n’avait rien entendu. -Puisque je te dis que j’ai entendu quelque chose ! Il tendit l’oreille…….. En vain ! -AU SECOURS ! , gueula-t-il brusquement en tambourinant avec ses poings dans la porte. Steve le regarda faire avec un brin de compassion. -ON EST PRISONNIERS, insista pourtant le gamin en se débattant avec rage. Puis il se tût, histoire de se rendre compte de l’écho trouvé par ses plaintes. Et soudain son visage s’illumina. Une petite voix familière jaillit de derrière la porte. -Zaack, Steve, Yvan ? , est-ce que c’est vous ? , interrogea la voix en question, un rien étouffée par la cloison. -Bon sang c’est Bob ! , se leva cette fois d’un bond Steve. Le vieux Jenninks continuait de guetter le bas de la falaise. Howard sur son embarcation s’était légèrement éloigné du récif, et Ross ne tarderait maintenant plus à ressortir de la grotte, l’enveloppe de papier Kraft avec lui. Celle-ci renfermerait désormais six morceaux de parchemins, ou du moins 5 originaux et une copie, celle du morceau détenu par les gamins ! Jenninks l’avait eut entre les mains suffisamment de temps pour le photographier et être capable de le reproduire sur un vulgaire morceau de papier. Il avait repéré la position du petit opercule par rapport aux pointillés et puis surtout il y avait cette lettre, LA Lettre !!! Car ce que ces imbéciles de petits morveux avaient pris pour une croix, (sans doute s’imaginaient-ils qu’il s’agissait de l’endroit où le trésor était enfoui !!!), était en réalité une lettre. Un vulgaire X qui venait s’ajouter à celles que Howard, le fils de Douglas et lui-même avait déjà identifiés en retrouvant les 5 premiers morceaux de parchemins. Il n’en manquait désormais plus que deux et le code mystérieux serait enfin reconstitué ! Tant d’années après !!!
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Plummot
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31 décembre 2006
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Bob avait remonté les marches quatre à quatre en ratant de se casser la figure au moins deux fois sur la mousse verdâtre. « y’a des clés accrochées au dessus de la malle », avait hurlé Steve un instant plus tôt. Le gamin avait vu Jenninks les attraper avant de les forcer à s’engouffrer dans cet étroit boyau qui les avait mené jusqu’à leur prison de craie. Bob aperçu le trousseau, pendu à un crochet, exactement à l’endroit indiqué par Steve. Il s’en saisit, et redescendit aussi sec libérer ses compagnons. Moins de cinq minutes plus tard les gamins étaient réunis au centre de l’unique pièce de la cabane du vieux marin. -Bon sang c’que j’suis content de te voir ! , répéta une fois encore Yvan à l’adresse de Bob qui se débarrassa avec peine de l’étreinte du plus jeune des garçons. -Maintenant y s’agit de fiche le camp d’ici avant que ce vieux fou ne revienne ! , ordonna Zaack. Mais Bob les retint. Il leur expliqua ce qu’il avait découvert. Howard sortant de la boutique avec le vieux sac marron sur le dos, la boutique d’antiquité, le port, et le bateau avec ce grand marin déguindé qui été venu embarqué Howard. -Je les alors suivi de loin, expliquait le gamin. Il continua ensuite en expliquant qu’il avait bien cru devoir cracher ses poumons quand il était grimpé en courant jusque sur le haut de la falaise. Il y avait alors eut ses échanges lumineux entre l’embarcation de Howard et le vieux Jenninks sorti subitement de sa cabane. Puis ce dernier s’était éloigné. -Et là il a balancé une sorte d’échelle tout molle dans le vide ! , expliqua Bob. -Peut-être bien que le trésor est planqué dans la falaise ! , avança Steve. -Et que le seul moyen d’y aller et de grimper depuis la mer ! , renchérit Bob. -Le plus simple serait d’y aller pour en avoir le cœur net ! Yvan protesta. -On est si près du but ! , argumenta Bob. Zaack était resté muet. Bob jeta une œillade vers Steve. Le genre de coup d’œil qui dit, « bon sang ne me laisse pas tomber, pas toi ! ». -Qu’est-ce que tu compte faire ?, sonda Steve. Bob désigna le fusil de Jenninks posé sous la fenêtre. -Tu va te servir de ça ?!, geignit Yvan. -Tu sais t’en servir ?, s’inquiéta à son tour Zaack. -Ca doit pas être bien compliqué ! Suffit juste qu’il soit chargé. Bob s’empara du fusil. Il pensait simplement qu’avoir un tel objet entre les mains suffirait sans doute à tenir cette vieille crapule de Jenninks en respect. Il promena alors son regard vers ses camarades qui ne quittaient pas l’arme des yeux. Il savait qu’aucun d’entre eux n’étaient à présent plus vraiment partant pour continuer cette chasse aux trésors. Pas plus Yvan, le trouillard, que Zaack ou même Steve, qu’un séjour au fond d’une grotte avait passablement refroidi. Pourtant lui n’avait pas l’intention de renoncer. -Faites comme vous voulez, lança-t-il plein de culot, et en tentant de masquer au mieux sa propre trouille, mais moi j’y vais. Zaack et Yvan s’écartèrent pour le laisser passer, Steve le regarda sortir de la cabane. -Attends moi je viens avec toi, lança-t-il soudain en s’élançant finalement dans son sillage.
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Linley
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21 juillet 2007
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- Pas... pas un geste !! bégaya Bob en bondissant devant Jenninks et son compère et en leur brandissant le fusil sous le nez. Il venait d'apparaitre comme par magie de derrière un buisson de végétation sèche, suivi aussitôt par Steve et Zaack qui essayaient de partager la témérité un peu folle du jeune garçon. Pendant un moment les deux groupes se regardèrent et personne ne pipa. Le plus jeune marin avait l'air singulièrement interloqué et ébahi, tandis que Jenninks passé le premier choc semblait un brin, voire plus, amusé. Ses yeux luisaient dans un rayon de soleil et un demi sourire comme d'étonnement et de rigolade s'ouvrait au milieu de la broussaille qui lui couvrait la figure. Finalement la voix rusée du vieillard robuste vint s'ajouter aux bruits amples du vent et de la mer. - Qu'est-ce t'as l'intention de faire avec cette pétoire gamin? Tu comptes me truffer de plomb? - Où est le trésor Jenninks? se contenta de répliquer Bob. Ross comme devenu muet cherchait le regard du vieux mais celui-ci continuait de fixer les gamins. - Vous vouliez nous noyer intervint Zaack, vous vouliez nous noyer, espèce de ... Sa phrase se termina par une grimace et un grognement frustrés - les bonnes répliques ne venaient jamais quand il fallait ! - Mais non p'tit gars, tu risquais rien ! fit Jenninks sur un ton qui ne les convainquit guère. Quand je voudrai te noyer, je t'y collerai un jour de bonne marée ! ajouta le vieux avec un rire déplaisant. - Où est le trésor? répéta Steve. Grâce à notre bout de carte vous savez où il est ! - C'est pas si simple gamin ! - Menteur ! Y'avait l'emplacement ! accusa Zaack. Jenninks remua la tête négativement. - C'est pas une croix, c'est une lettre - la partie d'un code... Mais ça je dois dire vous faites une sacrée bande, vous méritez p't'être votre part, après tout, comme à l'ancienne mode, si jamais on le trouve. Une part pour quatre s'entend ! Tiens, où est passé votre copain, le p'tit branleur? Après une hésitation, Bob répartit: "Parti checher nos parents. Et la police, la police du port !" En vérité il en savait fichtre rien, ils l'avaient quitté à la cabane. - La police du port ! répéta Jenninks, puis il rigola à nouveau de son rire rauque en se tournant cette fois-ci vers Ross, lequel trouva alors de bon ton de rigoler avec. Les garçons s'entre-regardèrent rapidement. - Sauf si on arrive à un arrangement pour le trésor... dit soudain Bob sur une inspiration. Il sortit de sa poche son téléphone portable et le passa à Steve tout en tenant en respect les vieux du bout du canon. Il continua ensuite à bluffer : - ... Dans ce cas- là on peut l'appeler pour lui dire que tout va bien... ou sinon on appelle nous-même la police. Steve, faisant le fanfaron, se mit à tapoter du bout du doigt le clavier du téléphone d'un air menaçant. Le compagnon de Jenninks ouvrit alors la bouche pour la première fois : - Je peux pas comprendre ça ! Filer des portables à tous ces mioches ! Et ils en foutent quoi dis ? Ils en foutent quoi ?! - Ta gueule ! le fit taire Jenninks. "Pour moi ça va, continua le vieux marin en s'adressant à Bob. Le problème c'est Howard, mais c'est toi qui as le fusil et comme on dit, fusil fait loi ! Jenninks sourit aux gamins, avec une de ses mimiques. Fébrilement ils sourirent eux-aussi. Bob lui venait de se rappeler ce qu'il avait entendu dans cette boutique obscure. - Alors m'sieur Jenninks, fit Steve, c'est quoi cette histoire de code ?
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Plummot
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02 août 2007
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-Bon sang mais qu’est-ce qu’il fout !, grommela Howard en s’évertuant à maintenir le bateau à une distance suffisante du rivage et de ses aspérités blanchis par l’écume. Il y a bien longtemps désormais que l’affaire aurait dû être réglé. Une fois Ross ressorti de la grotte avec l’enveloppe, puis remonté jusque vers le vieux Jenninks à l’aide de l’échelle de corde, tout aurait dû aller très vite. En tout cas c’est ce que Ross et lui avaient convenu un peu plus tôt, dans la cave du Under Jolly Roger. - Jenninks ignore que nous avons les deux morceaux manquants de la carte, il faut agir maintenant, il n’y a pas une minute à perdre. Surtout que ces sales mioches risquent de venir fouiner. - Pour sûr, les gamins ne devront rien connaître de tout ceci ! - Parfait Ross ! Récupère ton arme, prépare le bateau et viens me rejoindre dans un quart d’heure sur le port. - Ok Howard, tout sera prêt ne t’inquiète pas !!! - Parfait. - Et pour Jenninks ? - J’en fais mon affaire. Le moment venu,- Howard s’était interrompu puis se rapprochant de Ross, comme pour lui confier un secret à l’oreille, il chuchota-, le moment venu, ce vieux Jenninks nous montrera comme il sait bien voler ! Le saut de l’ange !…. Bon on se retrouve comme prévu. Mais rien ne s’était encore passé, est-ce que Jenninks n’avait pas été impressionné par l’arme que Ross lui avait présentée pour l’obliger à s’approcher du vide et finir par lui faire faire le grand saut ? Ils tournaient tous les deux le dos à la mer, comme occupés à autre chose. - J’s’rai vous je cracherais le morceau lâcha soudain Bob. Car est-ce que vous savez que votre copain est prêt à vous doubler ? Il espérait ainsi semer le trouble dans le camp adverse. Le visage de Ross se crispa. - Je les ai entendus tout à l’heure dans la cave du Under Jolly Roger, lui et Howard en train de comploter dans votre dos ! Jenninks se tourna vers son compère, une vague d’incrédulité inondant ses yeux vifs. Bob en rajouta une couche en répétant d’une voix qu’il tenta de faire paraître plus grave, une partie de ce qu’il avait entendu dans l’escalier. - Et pour Jenninks ? [Autre personnage, changement de voix] J’en fais mon affaire, le moment venu….. Instinctivement et sans même s’en rendre compte, Ross fit un pas en arrière. Encore un peu et c’est lui qui ferait bientôt le saut de l’ange. - Bon sang, tu vas quand même pas croire cette bande de sales petits morveux !, s’exclama-t-il. Dis Jenninks ! Tu vas pas les croire ! - Alors comme ça vous vouliez faire bande à part !, se mit à rugir Jenninks, les dents serrées par la colère. - Mais Jenninks…. Le vieil homme s’approcha de Ross qui fit un nouveau pas en arrière. - C’est une idée de Howard, lâcha Ross, en se rapprochant du vide d’un nouveau pas. Il pensait que puisque nous avions les deux derniers morceaux, il n’était pas utile de continuer à te mettre dans le coup ! - Les deux derniers morceaux ?, répéta avec surprise Jenninks. Tu veux dire que la carte est désormais complète ? Ross secoua la tête pour faire signe que oui. - Et vous vouliez me mettre en dehors du coup ? Jenninks fit un pas en avant. - C’est Howard…, lâcha Ross en portant sa main droite vers la poche arrière de son pantalon. Silencieux, les gamins regardaient la scène avec intérêt. Avec un peu de chance ces deux-là allez s’entretuer, et Bob n’aurait même pas à se servir du fusil. - Reste où tu es !, menaça Ross en dégainant son pistolet de derrière son dos. Jenninks s’immobilisa une fraction de seconde à la vue de l’arme, mais aussitôt, avec la vivacité d’un félin, il se jeta sur son jeune compère. Ce dernier n’eut pas le temps de dire ouf. Lesté du poids du vieil homme qui venait de bondir en sa direction il bascula en arrière, perdit l’équilibre et disparut bientôt dans le vide, entraînant avec lui le vieux Jenninks. - Mon dieu !, hurla Steve, tandis que les trois gamins se précipitaient vers le bord de la falaise. L’écho d’un râle leur remonta encore une poignée de secondes aux oreilles puis plus rien ! Bob regarda ses camarades avec perplexité. Il ignorait à cet instant s’ils devaient se réjouir ou non de ce qui venait de se passer. A ses pieds, au milieu des herbes hautes, il n’avait pas encore remarqué la large enveloppe en papier kraft que Ross, terminant de se débattre avec l’échelle de corde avait abandonné un moment plus tôt, lorsque Jenninks lui avait tendu la main pour le hisser sur le bord de la falaise.
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Linley
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21 décembre 2007
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Howard dans un ultime réflexe remit les gaz pour s'écarter des écueils que couvraient puis dénudaient les flots, ne demandant qu'à saborder le bateau. Il restait médusé de ce qu'il avait vu et de ce qui continuait à se dérouler. L'échelle de corde là-bas oscillait doucement sous son fardeau: un grand corps curieusement désarticulé mais qui s'aggripait tout de même, et au-dessus de lui Jenninks. Ross lors du plongeon était parvenu d'une manière inconcevable à accrocher les cordes et Jenninks fiché à lui comme un paquet en avait profité, se rattrapant à l'instar d'un vieux singe agile et plus verni qu'un pendu. Ross avait un bras qui pendait horriblement et ne se retenait plus que par son autre coude refermé sur le filin, tandis que le vieux le dominait en hauteur et s'attelait encore à s'assurer aux cordes, car c'était son poids qui sur le coup avait sérieusement blessé Ross et l'avait entrainé plus bas comme un pantin mutilé. Tout à son étonnement Howard n'aurait pas aperçu les silhouettes des gamins couronnant la falaise, même s'ils avaient été une légion. Tout en tenant les manoeuvres il fixait Jenninks et maugréait des injures sans même s'en rendre compte, le maudissant de sa foutue veine. Le salopard avait le cul bordé de nouilles! Un rictus rageur tordit soudain la bouche du vieux rouquin: Jenninks avait extirpé son pied du cordage, et s'apprêtait à en envoyer le talon dans la gueule de Ross. "Allez mon gars, balance-le au fond de la flotte!" aboya une voix grave. "Il est temps Jenninks, penses à ce qu'ils ont fait endurer à ton père..." ajouta une autre voix. -J'y pense, répondit-il cependant qu'il éprouvait une dernière fois la solidité des chaînes qui entravaient l'homme à genoux, et étaient reliées à un lest de fonte. C'était la première fois qu'on s'adressait à lui en l'appelant par ce nom, mais il ne s'en étonna pas plus que d'une chose naturelle qui devait bien arriver. Il n'y avait plus qu'un Jenninks maintenant. Celui qui lui avait parlé se tourna vers le prisonnier: "Regarde autour de toi, fumier. Tu meurs ici!" L'homme interpelé ne regarda pas le ciel nocturne au-dessus de lui, dont la pluie cinglait sa bouche ensanglantée et son visage meurtri, ni les bois qui encerclaient le méandre du cours d'eau où la péniche était à l'arrêt, accotée à la rive. A la place il répondit à Douglas d'une voix brisée, mais dans un dernier défi pour la forme: "Je reviendrai pour vous les gars". Celui-ci s'approcha et brusquement lui asséna un coup de poing qui le projetta en travers de la rambarde détrempée du bateau. "Reviens tant que tu veux, ricana Douglas. Tu seras pas le premier fantôme à mes basques! -Assez rigolé!, intervint Howard. Il tapota sur l'épaule de Jenninks, en un genre de compassion. "Allez, c'est à toi que ça revient. Jenninks souleva en serrant les dents mais sans un râle, le lourd poids de fonte qui cogna le haut de la rambarde avant de s'engloutir dans l'eau noire battue par la pluie. Les courtes chaînes eurent à peine le temps de cliqueter qu'elles emportaient leur victime, la troisième avec les deux cadavres abattus qui gisaient dans la cabine. Après quoi sans un mot les trois hommes sautèrent sur la rive sombre d'herbe glissante et boueuse et disparurent à travers le rideau d'arbres. Plus tard, dans l'automobile de Douglas qui les ramenait à bon port, un Jenninks qui ne s'était pas encore laissé poussé la barbe plongea la main dans la poche intérieure de sa veste et en retira ce pour quoi ils étaient venus, en plus d'expédier la justice. Car on avait laissé son père pour mort mais il était coriace et avait survécu juste assez pour souffler quelques mots à l'oreille de Howard. Et maintenant on rendait la monnaie. Howard en ce même jour avait remis au jeune Jenninks le fragment de carte que son père avait pu sauvegarder. "Tiens, ton père voulait que ça te revienne. Le tout premier bout. Il te l'a toujours destiné mais à la fin il a compris le danger que ça impliquait et il y a réfléchi à deux fois. C'est à toi de décider..." Dans la voiture, Jenninks sortit "son" morceau de carte qu'il tenait protégé dans un film plastique et l'accola à ceux qu'ils venaient de récupérer, dont l'un était partiellement poissé de sang.
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